Happy ! Ce n’est pas qu’une chanson qui rend heureux ou qui fait danser les gens dans la rue. Pas de flash mob de prévu pour cette série signée SyFy, inspirée d’un comic book de Grant Morrison.

La série télé

Happy ! est composé de 8 épisodes diffusés sur SyFy fin 2017, début 2018. On y suit les aventures de Nick Sax, un ancien flic devenu homme de main pour la mafia ou tous ceux qui peuvent payer. Entre tueur à gages et exécuteur des basses œuvres, il accepte tout boulot qui lui permettra d’oublier son ancienne vie dans les forces de l’ordre et surtout se payer sa dose quotidienne de gnole et de cachetons ! Qui plus est, Nick se révèle être vraiment très, très dur à tuer…

Lors d’un de ses contrats, il doit se débarrasser de trois frères, neveux d’un parrain de la mafia. Le quatrième frangin se pointe également au rendez-vous et Nick en profite pour le buter gratis. Le seul hic, c’est que numéro quatre connaissait un mot de passe que se disputent tous les mafiosi du coin.

En parallèle, une petite fille, Hailey, se fait enlever par un Père Noël lubrique et vicelard (et carrément clodo). Du fond de sa captivité, elle envoie son ami imaginaire, Happy !, rechercher son seul et unique héros : son père, Nick ! C’est ainsi que notre antihéros se retrouve affublé d’un nouveau partenaire : une licorne bleue volante à l’indécrottable optimisme.

Les acteurs

Nick Sax est joué par Christopher Meloni. Il incarne à la perfection cet ex-flic complètement à la dérive et embringué dans une spirale d’autodestruction. Le regard torve et le jeu complètement halluciné de l’acteur donne vie à Sax de manière plus que réaliste. En tant que paumé/drogué, sa réaction à la découverte de Happy est plus que réaliste. Alors oui, il cabotine à mort, mais c’est ce que l’on attend du rôle. Dans le registre super-héroïque, Meloni a déjà joué Hal Jordan dans le film animé Green Lantern : First flight, mais également le Colonel Hardy dans Man of Steel.

Happy, la fameuse licorne est intégralement en images de synthèse [oui, les licornes bleues volantes, ça n’existe pas en vrai !]. Sa voix est assurée par Patton Oswalt. Le nom ne vous dit peut-être rien, mais son visage n’est inconnu d’aucun amateur de séries B/Z ou séries télé. C’est un spécialiste du doublage d’animation et sur Happy ! il démontre une fois de plus ses compétences. La voix du personnage est en parfaite harmonie avec l’animation et les émotions retranscrites sont bel et bien présentes.

Mr Blue, le méchant mafieux de la série, est interprété par Ritchie Coster. Avec sa tête de pékin moyen, on ne penserait jamais qu’il s’agit d’un homme cruel à la tête d’une famille du crime. Surtout si on s’en tient à ses pulls de noël ! Ah, et j’ai horreur de sa façon de parler en faisant PLEIN de bruits de bouche. C’est horripilant au possible !!! Rien que pour ça, on a envie de lui faire la peau dans d’atroces souffrances.

Merry McCarthy, l’ancienne partenaire et maîtresse de Nick (Lili Mirojnick) est un personnage un peu superflu. Elle sert surtout à faire le lien entre Sax, Blue et la mère de Hailey. Elle est le reflet de l’ancienne vie de Sax en tant que flic, mais également la marionnette entre les mains de Blue. Le côté auquel elle se range n’est jamais clairement défini. Dans cette galerie de personnages ni tout blancs, ni tout noirs, elle est la plus grise de tous.

Bad Santa, le vilain Père Noël qui kidnappe Hailey et qui est le vrai boogeyman de cette série est assuré par joseph D. Reitman. Clodo habillé en Papa Noël et totalement halluciné, il se fond parfaitement dans l’ambiance de la série. Il est d’ailleurs pour beaucoup dans le côté irréel qui plane sur certaines séquences.

Les épisodes

1×01 : Saint Nick (Nick le Saint)

1×02 : What Smiles are For (C’est à ça que ça sert de Sourire)

1×03 : When Christmas was Christmas (Quand Noël ressemblait à Noël)

1×04 : Year of the Horse (L’année du Cheval)

1×05 : White Sauce ? Hot Sauce ? (Sauce blanche ou sauce piquante?)

1×06 : The Scrapyard of Childish Things (La Décharge des Choses de l’Enfance)

1×07 : Destroyer of Worlds (Destructeur de Mondes)

1×08 : I am the Future (Je suis le Futur)

Le message

 

Ne nous voilons pas la face, Happy ! est une série complètement WTF ! Les « héros » [oui, je fais exprès de mettre entre guillemets] sont totalement pourris. On est très loin de la production Américaine classique et c’est tant mieux. Véritable OVNI, la série utilise tous les moyens les plus immoraux qui soient pour un résultat à la morale douteuse.

Sauf que.

Sauf que si on se penche un peu plus sur les personnages, toute exagération mise à part, il s’avère qu’ils ressemblent quand même vachement à : votre voisin, le p’tit gars de la rue d’à côté, vous, moi. Ce sont tous des gens normaux, avec leurs défauts et leurs rêves brisés. On est loin d’un héroïsme clinquant. On fait plutôt face à un cynisme ordinaire. Alors, oui, les personnages font face à des situations totalement rocambolesques, mais leurs réactions sont vraies, humaines.

Et en parlant d’humanité, ce qui arrive à Hailey n’est-il pas tout simplement une métaphore du passage de la petite enfance à l’âge de raison ? Le kidnapping auquel elle fait face, Bad Santa, ne sont-ils pas les deux faces de cette perte de l’innocence pour une jeune enfant et de son entrée dans le monde réel où elle devra faire face à une réalité déplaisante.

Bad Santa, lui, semble vouloir s’accrocher à cette innocence. J’en veux pour preuve sa capacité à prendre une voix d’enfant, à parler le même langage que Hailey en étant toutefois perverti par le monde adulte qui l’entoure. J’ai eu peur que la série ne s’embarque sur des dérives d’abus sexuels qui sont, heureusement, évités. En plus d’avoir été totalement inutiles, ils auraient développés un côté réellement glauque qui aurait nui à la série.

Cette transition entre l’enfance et l’âge adulte se ressent aussi du côté de Merry et de sa relation avec sa mère. Là, le propos est totalement inversé et c’est le parent qui est totalement dépendant de son enfant. Une fois de plus, on parle de passage d’un âge à l’autre.

Penchons-nous maintenant un peu sur Nick Sax. Après tout, c’est lui le héros de la série, bien plus que la licorne bleue qui pourrait être totalement issue de son imagination.

Même du temps de sa « splendeur policière » Nick était un homme au comportement d’enfant, cherchant les plaisirs là où il pouvait les trouver. Principalement entre les cuisses de sa partenaire Merry. Au détriment de sa vie de couple, vie sur le point de changer lorsque sa femme s’apprête à lui annoncer qu’elle est enceinte. Mais Nick, en grand enfant, se débrouille pour ne pas entendre l’évidence et se laisse sombrer dans la déchéance et les paradis artificiels. Ce qui pour un enfant serait une overdose de bonbons est pour Sax un abus de substances illicites et d’alcool. Sont-ce ces abus qui lui permettent de voir Happy par la suite ?

L’auteur

Grant Morrison, vous le connaissez. C’est le scénariste qui a commis des titres tels que Doom Patrol, Justice League of America ou New X-Men. Mais il a également travaillé sur des titres Marvel UK, sur 2000 AD, The Authority, seven Soldiers of Victory ou New Adventures of Hitler. Et en plus, il a gagné plusieurs Eisner Awards. En gros, c’est une pointure !

Ce qu’on sait également, c’est que le mec est (parfois) complètement barge ! Dans son écriture, certes, mais également dans la vie. [moment anecdote : ] J’ai eu l’occasion de passer une après-midi avec lui il y a plusieurs années, et je dois avouer que c’était un sacré fêtard !

Tout ça pour quoi ? Pour vous parler de l’origine de Happy ! Car il s’agit avant tout d’un comic en quatre numéros, écrit par Morrison et dessiné par Darick Robertson, publié en 2012. Chez nous, c’est chez Delcourt que la série est publiée en un seul volume.

Le comic

Sans surprise, le comic et la série télévisée partagent le même A.D.N complètement barré à grands coups de chromosome WTF! De toute façon, l’un est l’adaptation de l’autre, comme dirait notre ami GL dans ses dossiers. Eh bien, justement, adaptation est le maître-mot du schmilblick.

En effet, impossible d’adapter les quatre numéros du comic original en série télé de huit épisodes. Pas assez de temps? Non, trop. Les scénaristes de la série ont donc dû broder autour de l’histoire de Sax pour développer une intrigue plus compréhensible tout en en gardant le même esprit.

Les ajouts :

Mr Blue est beaucoup plus développé dans la série que dans le comic. Là où on a droit à un personnage haute en couleurs (à la diction insupportable) et que l’on voit vraiment, qui interagit, le comic ne nous propose que des moustaches à nous mettre sous la dent. Ce sont d’ailleurs tous les personnages qui sont beaucoup plus développés dans la série, notamment

Smoothie (Patrick Fischler) en sadique prêt à toutes les tortures dignes de Torquemada.

Le personnage de Sonny Shine, finalement central à l’intrigue, n’existe pas dans le comic. Dans la série, il est l’extension du personnage en costume de cafard qui se fait sucer dans le premier épisode : une scène d’anthologie, encore plus à l’écran que sur papier!

Les retraits :

Pas énormes, serais-je tenté de dire. Comme je l’ai expliqué plus tôt, les scénaristes ont plus développé l’histoire originale que coupé des scènes.

Je relèverai la séquence du comic se passant dans le train [hautement improbable – Comment? On s’en fout aussi dans ce genre d’histoire…]. Soyons honnête, à l’écran ça aurait été beaucoup moins grandguignolesque. Grosso modo, on la retrouve quand Nick vole la voiture de Le Dic pour fuir New York, avant de se faire rattraper par sa conscience et… Happy.

Alors, tout ça pour quoi? Pour se palucher sur des situations plus acadrabantesques les unes que les autres et prendre tous les prétextes qui se présentent pour parler cul et violence? Peut-être. Peut-être pas. À chacun de se faire sa propre idée. À moins de voir en Nick Sax le fantôme du Noël présent de Dickens, celui qui nous met le nez dans notre propre merde pour qu’on puisse enfin faire ce qui est bien et se regarder en face, sans honte.


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