Spider-man par Chip Zdarsky
Si il y a un héros Marvel qui accompagne mes lectures depuis tout petit, c’est bien Spidey !
Évidemment, avec un personnage aussi riche en histoire et existant depuis autant de temps, il y a un peu à boire et à manger dans ses nombreuses itérations. De fait, chacun peut y trouver son compte, que ce soit avec les scénaristes, les dessinateurs ou les thématiques de divers runs.
Je retourne régulièrement prendre la température des aventures du Tisseur avec plus ou moins de plaisir, et bien que mon actuel kiff sur Spider-Man soit sa version Ultimate (dont nous reparlerons très bientôt sur le blog), il y a un auteur qui, à chaque passage sur un héros, fait un travail incroyable. Cet auteur, c’est Chip Zdarsky. Alors lorsque j’ai vu passer l’omnibus du run de Zdarsky sur le Tisseur, je me suis jeté dessus les yeux fermés !
Qui dit omnibus dit forcément gros tarif et gros pavé ! Alors, en a-t-on pour ses 125 euros durant ses 935 pages ? La réponse est clairement oui si vous aimez l’auteur, car autant en quantité qu’en qualité, cet omnibus est très riche, et bien qu’il nous propose trois runs plus ou moins indépendants, il nous offre une seule et même vision de son auteur qui, à mes yeux, a totalement embrassé et capté l’essence même de Peter Parker / Spider-Man.
Composé comme suit, l’omnibus nous propose :
• Peter Parker: The Spectacular Spider-Man (vol. 3) (#1–6, #297–310, Annual 2018)
• le one-shot Free Comic Book Day 2017 (Secret Empire)
• la mini-série Spider-Man: Life Story (#1–6, Annual 2021)
• ainsi que la mini-série Spider-Man: Spider’s Shadow (#1–5)
C’est donc par le biais de ces trois grosses aventures que Zdarsky va mettre en exergue plusieurs thématiques essentielles à ce qui fait tout d’abord Peter Parker, mais aussi son alter ego Spider-Man.
Durant la première partie de l’omnibus et de son arc de la série principale, la vie quotidienne de Peter Parker sera mise en avant, notamment son humanité, souvent mise à rude épreuve lorsqu’il revêt le costume. Les dilemmes moraux sont sans cesse exposés, car s’il sait qu’il ne peut être parfait, il tâche chaque jour d’être une meilleure personne, au grand dam du sacrifice qui impacte directement sa vie privée, notamment avec son entourage emblématique. Que ce soit MJ, Gwen ou May, chacune des relations est précieuse aux yeux de Peter, mais le serment fait envers son oncle en tant que Spidey l’est tout autant. Pas simple de jongler entre tout ça.
Chip Zdarsky s’en sort à merveille, arrivant à distiller les moments compliqués de la vie de Pete ainsi que ceux de Spidey, sans oublier le côté positif du personnage, toujours optimiste et drôle même dans les moments les plus durs. La force de son run, c’est que, en plus de ce que Peter gère habituellement, Teresa Parker refait irruption dans sa vie. Avec elle : dilemmes, rebondissements autant épiques qu’émotionnels. Rien n’est simple, et c’est écrit avec justesse pour garder Peter toujours sur le fil, à se demander comment il n’a pas encore claqué une dépression le petit.
Si cette arrivée apporte son lot de surprises, la plus grande et la plus intéressante à mes yeux, c’est la relation qui éclot avec J. Jonah Jameson. Incroyable mais vrai : Pete / Spider-Man et JJJ vont faire une sorte d’équipe malgré eux, avec une justesse incroyable, prenant en compte tout leur passé. Cela apporte une dynamique inimaginable et pourtant si efficace. C’est clairement ma partie de l’arc préférée. Zdarsky réussit à humaniser JJJ au même plan que Spidey, et de leur point commun va naître une nouvelle relation pleine de nuances, mettant en exergue de nouvelles tensions.
C’est d’ailleurs la force de cet omnibus : l’écriture. Que ce soit avec les super-vilains connus et reconnus, qui gagnent en consistance, ou les alliés de Spidey, rien n’est laissé au hasard. On doit ça au ton utilisé par l’auteur, mêlant drame et humour parfaitement équilibrés, sans jamais tomber dans du larmoyant poussé à l’extrême ni dans un humour burlesque forcé. Il ne néglige aucun sentiment éprouvé par les personnages, et c’est la grande force du récit.
Il pousse cela à son paroxysme avec son second run, à mes yeux le meilleur sur Spider-Man depuis longtemps (bien que Ultimate soit là maintenant, mais il ne propose pas vraiment la même chose).
Cette seconde partie, intitulée Spider-Man: Life Story, revient au long de six chapitres + son annual sur la vie de Peter Parker et Spider-Man. Sauf que, cette fois, Peter vieillit au fil du récit, de 1962 à 2010. Chaque chapitre reprend une décennie et fait revivre les aventures de Peter chronologiquement, inscrites dans un contexte historique et politique.
Là où Spider-Man est jeune et fringant à chaque combat, ses aventures en vieillissant n’ont plus le même impact. Du poids du temps et des responsabilités à l’héritage et la transmission, Zdarsky livre la plus touchante et la plus belle des histoires de Spidey. Un indispensable.
L’omnibus se clôture sur une histoire plus classique, un What If : et si Spider-Man n’avait jamais enlevé le costume noir ?
L’auteur explore la psyché de Pete, face à la tentation et la corruption du symbiote, et met en avant la fine frontière entre héros et monstre : céder à la colère, tuer par facilité, abandonner ses principes.
Cela entraîne des conséquences inhabituelles pour Peter : faire face à ses actes et se demander s’il est capable d’être pardonné. Comme souvent dans les What If, c’est plus léger, mais ici ce n’est pas dénué de sens et reste intéressant.
Spider’s Shadow nous plonge dans une horreur psychologique, entre thriller et drame intimiste, dont le sujet principal est le lourd poids de la responsabilité.
Encore une fois, un chouette récit pour finir cet omnibus.
Je n’ai pas encore parlé de la partie graphique, car qui dit omnibus dit banque d’artistes. Ici, c’est le cas : de Adam Kubert à Chris Bachalo, en passant par Michael Allred ou Joe Quinones.
Chacun apporte sa patte et une ambiance particulière, entre réalisme, pop art, trait classique ou touche expérimentale. Le mélange graphique est aussi riche que la qualité de l’écriture, et retranscrit avec justesse l’intensité dramatique, les passages plus poétiques ou nostalgiques.
Cet omnibus Spider-Man par Chip Zdarsky nous offre une vision moderne de Spider-Man, dans lequel Pete est avant tout un homme confronté à ses responsabilités, ses relations et ses faiblesses. Zdarsky combine le tout avec humour, émotion et profondeur humaine, accompagné par une palette graphique riche et variée.
C’est à mes yeux une lecture du Tisseur vivement conseillée si votre budget le permet. Dans le cas contraire, foncez sur Spider-Man: L’Histoire d’une vie, qui saura vous donner un bel aperçu du talent de l’auteur.
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