Regarder plusieurs séries en même temps est à la fois un avantage et un inconvénient. Si ça permet de passer le temps plus vite, ça peut parfois prêter à confusion. Et de confusion, il en est justement question dans les Saisons un de Outcast et Legion.

Commençons par la folie assumée de Legion, qui suit les [més]aventures de David Haller, enfermé dans un asile psychiatrique pour des troubles mentaux. Entre deux pilules, il revit des souvenirs chaotiques, tout en vivant des aventures un peu décousues. D’ailleurs, on ne peut pas, nous non plus, démêler ce qui est dans son esprit de ce qui arrive réellement. Lorsque Sydney arrive dans son asile, les choses vont changer pour David et il va remettre en question sa propre perception de la réalité.

Dans Outcast, foin de folie clinique. Kyle Barnes est le mouton noir de la petite ville de Rome. Après des événements étranges survenus durant son enfance, il lui est maintenant interdit de voir sa femme et sa fille suite à des violences qu’il a perpétré sur elles. À Rome vit également le Révérend Anderson, exorciste confirmé prêtant une main secourable à sa congrégation fréquemment possédée par les Forces du Mal. Lors d’un de ces exorcismes impossibles, Kyle se retrouve à aider le Révérend et il appert qu’il possède des pouvoirs permettant de libérer les âmes torturées de la possession.

Les deux séries sont traitées, et réalisées, de façons diamétralement différentes. Legion ressemble à un trip sous acides, façon Trainspotting, alors que Outcast ressemble plutôt à une horreur classique façon Lexorciste. Voilà pour les références et pour situer le contexte.

Tout d’abord, ce sont les scenarii qui diffèrent, mettant en opposition la petite et la grande ville. C’est la vision de deux Amériques, l’une toute en noirceur et secrets et l’autre exubérante et au grand jour. Mais chacun des héros devra affronter son propre monstre, qu’il soit en lui ou dans toutes les personnes qui l’entourent. Pour cela, dans la description de l’adversaire/l’adversité, les deux séries se rejoignent de façon à brouiller les pistes le plus possibles. Les révélations sont légion [jeu de mots pourri de la chronique, c’est fait!]. L’ennemi ne se cache pas forcément où on l’attend et il ne faut pas se fier uniquement à la réalité et aux vérités qu’on nous a asséné toute notre vie.

L’image, ensuite, est différente. Là, il n’y a pas photo, on le voit dès le premier visionnage. Outcast possède une ambiance glauque, lourde, malsaine. Pas de moment de répit dans l’histoire. Tout est plombé par les drames qui surviennent les uns après les autres, sans arrêt. Au point que le visionnage de plusieurs épisodes de suite en est oppressant. Sans être effrayante, la série m’a pris à la gorge par l’ambiance qu’elle dégage.

À l’inverse, les moments sombres, même s’ils sont la base de Legion, n’y sont pas tant présents que ça. On assiste plutôt à un traitement psychédélique de l’histoire, une plongée dans la psyché tourmentée de David. Quelques effets arrivent à nous faire sursauter, mais ce n’est pas le but premier, même si, en avançant dans la saison, la noirceur est de plus en plus présente. C’est plutôt la réalisation hachée, la narration décousue, que je retiens. Et les passages façon comédie musicale! C’est énorme! D’ailleurs, le son, la musique, ont une grande place dans la narration et en sont des éléments à part entière, par leur présence tout autant que leur absence.

Ce sont les héros des deux séries qui commencent à tisser un lien entre elles. David, tout comme Kyle, n’a jamais envisagé être un héros. Après tout, l’un est un malade mental, et l’autre un monstre qui bat sa femme. Du moins au début. On apprend petit à petit que les deux sont plus que ça, qu’ils sont capables de grandes choses et ont des pouvoirs leur permettant de surmonter l’emprise que leurs propres monstres ont sur leur vie. Ils évoluent, tout au long de la saison, pour accepter à la fois l’existence de cet ennemi pas vraiment tangible, mais aussi les conséquences de leur propres décisions et l’influence qu’ils peuvent avoir sur lui.

L’autre point commun entre Legion et Outcast, c’est la folie. La folie évidente de David, luttant contre l’entité qui s’est installée sous son crâne. Cette schizophrénie qui est utilisée tout au long des épisodes, dont on doute, mais sur laquelle on revient et dont Lenny est la personnification. De nombreuses séquences se passent dans un hôpital psychiatrique, d’ailleurs. Mais David n’est pas le seul à être dérangé dans cette série. Tous les autres membres de la révolte mutante (à défaut de meilleur terme) sont également dérangés, de Mélanie à Ptonomy, sans oublier les Cary/Kerry. À croire que l’instabilité mentale va de pair avec le gène mutant.

Dans Outcast, la folie est plus insidieuse, pernicieuse. Kyle en vient à douter de sa santé mentale et à l’existence réelle des démons. Le comportement des possédés est d’ailleurs, dès le début, mis en doute par Kyle, mais également de nombreux autres habitants de Rome. Là où la folie est flagrante, c’est en la personne du Révérend Anderson. Confronté au mal, pêchant par orgueil, il sombre de plus en plus dans une ferveur religieuse, cherchant le soutien de Dieu pour traverser cette épreuve. Porté par sa foi, il en vient à faire des choix douteux dans sa façon de gérer l’invasion des démons.

Legion et Outcast sont deux séries que tout oppose hormis le fait qu’elles sont adaptées de comics. Mais lorsqu’on se penche un peu sur le contenu, on découvre des similitudes et, finalement, des thématiques pouvant être considérés comme universelles : le héros en proie au doute et remettant en question sa propre vision des choses. Confronté à une situation sortant de l’ordinaire, et même doté de pouvoirs, quelle serait la réaction d’une personne lambda? Plus qu’une quête héroïque, c’est une réflexion sur l’humanité qui nous est proposée.

Catégories : Reviews TV/Ciné

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