Bonjour et bienvenue à tous dans les Dossiers de GL ! Cette semaine, nous allons poursuivre notre questionnement sur le fan.

Partant du postulat initié il y a deux semaines, j’ai réfléchi à la croissance de la culture populaire et aux nombreuses personnes qui —suivant la popularité des médias — se disent fans de plusieurs objets culturels très populaires. Et j’en suis venu à me demander : avec l’émergence de cette culture populaire — et aussi d’une « publicisation » de la vie privée, dû aux réseaux sociaux, notamment – n’y a-t-il pas une nouvelle forme de fan qui ne passerait que par la deuxième étape du caractère idéal-typique que Christian Le Bart a défini ? Des gens qui ne deviendraient fans de quelque chose que pour se « dé-différencier » de leurs semblables, sans chercher par la suite à mieux connaître le sujet qu’ils « adorent » ? Une forme de fan « populaire » ? Des soi-disant fans (au sens propre) qui n’apprécient quelque chose que par sa popularité, et donc seulement pour se fondre dans la masse, faire partie d’un tout plus grand, et être considérés par leurs proches.

Par ailleurs, ce genre de « fans » entraîne bien souvent des généralités, et des changements drastiques sur le mythe et/ou la vision qu’ils se font d’un univers. Par expérience personnelle, il est d’ailleurs impressionnant de noter qu’aujourd’hui, plusieurs personnes disent préférer Marvel Comics à DC Comics (ou inversement, d’ailleurs), sans n’avoir jamais lu un seul comics ; ou en n’ayant lu qu’un comics d’un seul des deux éditeurs, en émettant l’idée que l’autre éditeur « est trop compliqué ». À savoir que les deux éditeurs publient des comics depuis les années 30, il est bon de noter que les deux sont tout aussi difficiles à appréhender pour un nouveau lecteur. Qui plus est, les histoires mises en avant dans les films, séries ou jeux vidéo, ne correspondent, bien souvent, en rien à ce qu’elles sont dans les comics. De ce fait, commencer un comics en n’ayant comme base que les événements s’étant déroulés dans les adaptations, risquera de bloquer certains ou d’au moins les interloquer. Comme quand des personnes ne connaissant de Groot que sa version française du film Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn découvrent que Groot ne dit pas « Je s’appelle Groot » mais « Je suis Groot » et qu’en plus, à une époque, il parlait tout à fait normalement ; ou quand des gens ne connaissant de l’univers de Batman que les films de Christopher Nolan découvrent une histoire où Bruce Wayne a disparu et que Dick Grayson reprend le costume, aux côtés du fils de Bruce, Damian Wayne.

Et assez souvent, les adaptations ne s’inspirent pas que d’une histoire en particulier, mais de plusieurs, s’étant déroulées à différents moments assez espacés, ce qui a comme effet de créer certaines relations assez instables : comme dans Thor où le héros est proche à la fois de Jane Foster et de Dame Sif. Dans les premiers comics, Thor avait un alter ego humain : le docteur Donald Blake (dans le comics The Mighty Thor #159, il est présenté que cet alter ego est une création d’Odin pour apprendre l’humilité à son fils, mais Stan Lee explique que « se posait alors le problème de l’empathie. J’ai réalisé qu’il ne serait pas facile, pour un lecteur lambda, de s’attacher à un type en collants bleus, avec des cheveux longs recouverts d’un casque ailé, et qui se trouve être le Dieu scandinave du Tonnerre. Cependant, le vieux truc du super-héros à l’identité secrète a toujours fonctionné dans les comics. De plus, je me disais que cette bande dessinée était déjà assez excentrique pour que je puisse me servir d’un cliché sempiternel. »). Cet alter ego était proche d’une femme du nom de Jane Foster, mais étant aussi un dieu scandinave, il n’a pas pu rester avec elle. De ce fait, il est devenu Thor à plein temps et s’est donc rapproché d’une belle asgardienne — sa compagnon d’armes — la déesse Sif d’Asgard. Ces deux histoires d’amour ayant eu lieu à plusieurs années d’intervalle, elles semblent toutes deux intéressantes et bien ficelées. Cependant, dans la série de films, Thor est proche de Jane Foster et de Dame Sif, qui semble être de trop. Le problème étant de vouloir mettre une histoire vieille de près de cinquante ans (à l’époque de la sortie du premier film Thor, en 2011) dans un film de moins de deux heures.

         Ainsi, ces « fans » — qui suivront avec assiduité les nouvelles sorties afin de rester « à la mode » — vont créer des attentes, et même un nouvel « horizon d’attente », qui sera faussé par rapport à ce qui aurait pu être sans cette vague de fanatisation abusive. Qui plus est, cette dernière pourra aussi fausser les critiques : il n’y a qu’à compter le nombre incalculable de personnes qui ont été voir le septième Star Wars au cinéma, sans en avoir vu les six premiers. Dans les salles de cinéma, il m’est personnellement arrivé d’entendre des gens critiquer ainsi : « – dommage qu’il n’y ait pas Dark Vador dans cet opus… – Mais, Vador est mort dans le six… – Je ne sais pas, je ne l’ai pas vu » ; ou même devant Rogue One : « – je n’y pige rien, on ne sait pas quand ça se passe, on n’a pas d’indication de temps pour savoir quand c’est… », alors qu’aucun film Star Wars n’a jamais donné d’indication de temporalité, et qu’il est clairement évident que le film se passe entre l’Épisode 3 et 4… D’ailleurs, le septième opus Le Réveil de la Force n’a été que peu apprécié par la « fan-base » de Star Wars, quand l’accueil critique du film a atteint des sommets. Et ce n’est qu’un exemple majeur parmi tant d’autres.

         Le « fan populaire » a malheureusement tendance à être de plus en plus présent partout où se trouve de la culture populaire. Que ce soit pour se faire bien voir par le reste de sa communauté, ou pour se tenir au courant de ce qui ne l’intéresse que moyennement, il va malheureusement entraîner avec lui un avis et une critique qui peuvent à la fois modifier l’horizon d’attente face à une œuvre, mais aussi la réception de cette dernière. Si vous les cherchez, c’est simple : demandez-leur pourquoi ils apprécient tant ce dont ils sont fans, et ils vous répondront — sans plus d’argument — un simple « parce que c’est trop bien ! ».

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! On se retrouve dans deux semaines pour un nouveau sujet !

Catégories : Dossiers de GL

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