On vous en parle depuis quelques temps sur notre page Facebook : TeeNa Stone propose sa première B.D en financement participatif. Mais qui est TeeNa Stone ? Nous nous sommes donc rencontrés pour une interview pleine de bonne humeur.

Chroniques Comics : Bonjour TeeNa. Pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

avatar-teenaweb2Teena Stone : Bonjour, je m’appelle TeeNa Stone et je suis illustratrice indépendante et autodidacte. Je dessine depuis que je suis toute petite mais n’ai jamais pris de cours de dessin. J’ai toujours dessiné et j’ai progressé toute seule, en m’entraînant en dessinant, par exemple, Sailor Moon. J’ai toujours travaillé comme ça. Je fais plein de trucs différents, comme de la guitare, mais j’ai toujours eu ce système de fonctionnement. Je n’aime pas apprendre en suivant un cadre rigide.

C.C : Pourtant vous donnez des cours de dessin ?

T.S : Oui, mais je m’adapte à l’élève. Ce sont des cours particuliers ou en petit groupe, où je peux m’intéresser à chaque élève et suivre ses progrès.

C.C : Quel est votre parcours dans le milieu de la B.D, du comics ?

T.S : J’ai rencontré Guile [Sharp] lors de la Japan Expo en 2013 qui dessinait à sa table et nous avons sympathisé. Il m’a alors parlé du Drink & Draw, et j’ai rejoint ce petit groupe qui m’a permis de progresser, d’ajuster mon niveau. Il y a une certaine émulation à dessiner en compagnie de gens qui dessinent mieux que moi et ça m’a aidé à me dépasser.

C.C : Vous avez beaucoup écumé de salons, tel que Paris Manga & Sci-Fi Show, est-ce une bonne façon de faire ses armes ?

T.S : C’est grâce au Drink & Draw que j’ai aussi commencé à faire des salons, le premier étant Paris-Manga en février 2014. J’ai fait beaucoup de salons depuis et ça m’a, effectivement, aidé à me lancer.

C.C : Comment se passe le contact avec le public lorsqu’on est une illustratrice qui n’a pas encore publié de B.D ?

T.S : J’aime justement le contact avec le public. Savoir en direct ce que les gens pensent de ce que tu fais est très gratifiant. J’ai ma page Facebook, mais ce n’est pas la même chose de vivre ça « en vrai ». L’accueil du public a toujours été chaleureux. Pour preuve, même avant que mon projet de B.D ne soit lancé, plusieurs personnes étaient déjà venues me voir pour savoir si j’allais être un jour publiée.

C.C : Justement, vous avez publié un sketchbook regroupant vos illustrations de super-héros en mode « teen/swag ». Est-ce un exercice difficile de revisiter ces personnages ?

S:6 TRAVAUX-EN-COURS ARCHIVESCULTURE- ANIMATIONCulture7-saisT.S : J’ai fait deux sketchbooks, en fait. Le tout premier en 2014, lors de la P.C.E, qui contenait surtout des croquis. Celui revisitant les super-héros est plutôt un art book, les dessins étant plus aboutis. Ça n’a pas été compliqué pour moi de donner une interprétation personnelle à ces personnages car c’est ce que j’aime faire. De par mon style « cartoon », entre le manga et le comics, je n’aime pas reproduire les personnages à l’identique. Je n’en vois pas l’intérêt. Il me semblait plus logique de faire ainsi et j’ai apprécié rajouter le détail dans chaque personnage qui fait que l’on cherche qui ça peut être. C’est également pour cette raison que je les ai dessinés en ados. Qui plus est, j’ai finalisé cet art book en faisant un dessin par jour. C’était très agréable à faire, surtout en dessinant sur du papier craft. Alors, oui, il y a marque « 1 » dessus et on me demande où en est le Tome 2, mais pour l’instant, je me consacre à ma B.D.

C.C : Parlons maintenant de Rodham Willows, votre première B.D. D’ailleurs, B.D ou comic ?

T.S : Ça me fait bizarre d’entendre le titre à haute voix [rires], mais ça prouve que c’est réel. Et je ne peux pas dire si c’est une B.D ou un comics, c’est inclassable, un mélange des deux. Un peu comme ma façon de dessiner. Je me suis amusée dessus, en éclatant les cases lors de la mise en page, en donnant des poses dynamiques à mes personnages ou en les faisant sortir de la case. Je me suis vraiment éclatée à faire ça.

C.C : Quel est le pitch ?

T.S : C’est ce que j’ai mis dans ma vidéo [rires]. C’est l’histoire de Nola, une jeune étudiante qui s’ennuie à la fac et a l’opportunité de devenir pigiste dans le principal journal de la ville. Alors qu’elle cherchait un sujet d’article, elle va tomber sur un scoop qui va changer sa vie. Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher la surprise.

 

 

C.C : Comment vous est venue l’idée ?

T.S : C’est suite à un rêve que j’ai fait en 2013. J’ai toujours essaye de mettre mes rêves sur papier. Je ne peux pas dire de quelle scène il s’agit exactement sinon ce ne sera plus une surprise, mais ça a été le déclencheur. C’est de construire tout l’univers, tous les personnages qu’il y avait autour qui a mis autant de temps. Je voulais une histoire cohérente avec des personnages approfondis. Ils pourraient tous être réels et je les aime tous.

C.C : Le personnage principal a un petit air de ressemblance avec vous. Est-ce inconscient de votre part ou volontaire ?

T.S : [rires] Tout le monde me dit ça, mais ce n’est pas fait exprès. C’est inconscient : je voulais dessiner une métis, et il s’est avéré, en la dessinant, qu’elle me ressemblait. C’était involontaire. C’est vrai qu’elle me ressemble, sauf que je n’ai pas les yeux gris. C’est peut-être du aussi au fait que j’ai mis beaucoup de moi dans ce personnage, comme dans tous les autres, d’ailleurs.

C.C : Pas trop dur d’assurer tous les postes sur ce projet ?

T.S : Non, pour moi c’est un plaisir. De sortir une B.D aussi aboutie est un accomplissement pour moi. J’avais déjà créé des B.D amateurs dans mon coin, mais là ça me correspond de tout gérer. Je suis un Dieu dans mon univers décidant de la destinée de mes personnages [rires]. Je trouve plus facile de tout organiser moi-même. Je ne dis pas que je ne dessinerai jamais avec un scénariste, mais là, je voulais faire mon projet.

C.C : Artistiquement parlant, qu’est-ce qui s’est révélé le plus dur dans la finalisation de Rodham Willows ?

T.S : Euh… Elle n’est pas finie, en fait. J’avais prévu de tout finaliser avant la mise en ligne du projet de financement participatif, mais j’ai pris du retard car j’ai eu énormément de travail à côté. Mais c’est en cours ! Le scénario est bouclé, ainsi que le premier chapitre. Je suis en ce moment en train d’avancer sur le second chapitre qui avance bien. J’ai l’impression que cette B.D me rend schyzo [rires] C’est peut-être ça le plus dur : m’organiser !

C.C : Vous faites la colorisation également ? Sous quel format ?

T.S : Oui, je fais également la colorisation, en numérique. J’aurais pu le faire au marqueur, étant sponsorisée par Graph’it, mais ce serait un travail de titan. Et le résultat ne correspondrait pas forcément à mes attentes, ni à celle des lecteurs.

C.C : Vous expliquez avoir voulu garder le contrôle sur tout, ce qui explique le fait de passer par du financement participatif. Mais pourquoi « Bulb in Town » et pas une plus grosse plate-forme comme Ulule ?

2293_custom_57fe74cc5db8aT.S : En fait je suis originaire de Noisiel (77) et je suis suivie par une structure d’aide au développement des entreprises sur le territoire qui a un partenariat avec Bulb In Town. C’était vraiment un projet local et je me suis dit que cette proximité pouvait m’aider à toucher plus de gens. Ce qui est le cas, la personne ayant participé avec la somme la plus importante est du 77.

C.C : Vous êtes attachée à votre statut d’artiste « locale » ? La mairie de Noisiel, d’où vous êtes originaire, vous a permis de réaliser votre première exposition. Cette reconnaissance est importante ?

T.S : À la base non, c’est plus un concours de circonstance. Je suis née et ai grandi dans le 77 et avais, peut-être, envie de faire mon trou dans mon secteur avant d’aller voir ailleurs. J’ai effectivement eu l’opportunité de présenter une exposition et de passer sur la chaîne locale de télévision [Canal Coquelicot], ce qui était un rêve de collégienne pour moi [rires]. D’ailleurs, l’extrait vidéo est sur ma page Facebook. Ensuite, je veux surtout réaliser mes rêves et réussir à publier mon projet.

C.C : Le projet est financé et a même dépassé les 100 %. C’était un beau cadeau d’anniversaire ?

T.S : On est à 137 % à ce jour [et il ne tient qu’à vous, lecteurs, d’exploser le compteur]. Ça a vraiment été un beau cadeau. Je ne pensais pas que les gens me soutiendraient autant. Je savais que ce projet pouvait les intéresser, mais les 100 % ont été atteints en treize jours. Je suis vraiment très reconnaissante envers les gens qui se sont engagés. Merci à tous, ça m’a fait chaud au cœur. C’est une grande satisfaction de savoir que les gens aiment ce qu’on fait. Du coup, je suis vraiment contente d’avoir initié un financement participatif. Je ne me voyais pas aller démarcher les éditeurs pour leur proposer mon « bébé » sans avoir le dernier mot sur les décisions. Le financement participatif permet de créer une communauté autour du projet, une sorte de « famille » attachée à sa réalisation.

C.C : Des surprises de prévues pour les paliers additionnels ?

T.S : Il reste moins d’une semaine, et j’aimerais vraiment pouvoir atteindre les 2500€ de façon à pouvoir proposer une couverture rigide.

C.C : En plus de la B.D, vous tenez également un blog, The Breakfast Devil, dans lequel vous interviewez justement des artistes de comics. Ça fait quoi de se retrouver de l’autre côté du micro ?

T.S : J’adooore [rires]. J’ai toujours aimé poser des questions et découvrir les histoires des gens. Le blog me permettait ainsi d’interviewer des gens dont j’admire le travail. Ça me permettait aussi de savoir comment les gens ont réussi à arriver là où ils sont. Du coup, ça me nourrissait également un peu, par une sorte de transfert. Il y a longtemps que je n’en ai pas fait, et ça me manque un peu.

C.C : On a vu que vous assurez plusieurs activités de front. Mais où s’arrêtera TeeNa Stone ? Avez-vous des plans bien précis pour l’avenir ?

T.S : Oui, Rodham Willows ! Une fois le Tome 1 terminé, j’ai une autre exposition en projet, que j’espère pouvoir proposer en 2017. Rien n’est encore finalisé pour l’instant. Et ensuite ce sera le Tome 2 de Rodham Willoxs, certainement fin 2017. J’ai également envie de proposer des livres pour enfants car j’ai écrit plusieurs histoires il y a quelques années et j’ai envie de mettre ça en place. Quand je finis un truc, il y a toujours quelque chose qui suit [rires]. Ce qui est sûr, c’est que je reste dans le dessin.

C.C : Pour terminer, quels sont les prochains événement auxquels on pourra vous rencontrer et récupérer son exemplaire de Rodham Willows ?

T.S : Je n’ai plus trop envie de faire de salons, mais je pense que je continuerai à en faire, ne serait-ce que pour promouvoir Rodham Willows. J’aime bien l’ambiance des salons, hein, mais j’ai parfois l’impression d’être une marchandise sur un étal. C’est peut-être dû au fait que j’en ai fait beaucoup cette année. Heureusement, le contact avec le public est toujours satisfaisant. J’ai, par contre, beaucoup plus envie de rencontrer les lecteurs dans des librairies pour profiter d’une plus grande proximité. Mon planning 2017 n’est pas encore bouclé.

C.C : Merci, TeeNa, de nous avoir accordé de votre temps et d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Vous pouvez participer au financement de Rodham Willows sur la plateforme Bulb In Town jusqu’au 25 Novembre 2016.