Interview Nikopek

Aujourd’hui, c’est l’heure de l’interview de Nikopek, rencontré lors du FIBD 2020, nous avons pu échanger, pour ceux que ça intéresse vous retrouverez la version audio au format Chronicles


F. : Bonjour Niko.

N. : Bonjour !

F. : Merci de ton temps. Je profite de la sortie du tome 3 de Rockabilly Zombie Apocalypse pour te rencontrer. J’aurais préféré le faire avant mais le mieux c’est bien de le faire avec la conclusion. Pour l’occasion, on ne va pas passer du temps sur qui tu es, d’où tu viens, comment tu t’appelles. Y’a du wikipédia, y’a des millions d’interview comme ça…

N. : Oui, y’a pas mal d’interview où c’est des conneries…

*rires*

F. : Moi je voudrais plutôt qu’on parle de ta série qui avec son tome 3 arrive à la conclusion. Comment tu en es arrivé à créer le titre ? Est-ce que de base tu étais parti sur trois tomes ou tu as fait évoluer ton histoire au fil ?

N. : En fait, à la base ça vient déjà de Superstar. A la base ça devait être en trois tomes Superstar et pour des raisons internes, des quiproquo, des embrouilles, c’est passé à deux tomes. Donc la fin qu’on voulait vraiment à la base, c’est-à-dire, arriver vraiment sur un conflit entre zombies/humains, on a un peu zappé tout ça. Après j’ai eu un petit passage de creux dans la BD, entre trois et quatre ans à peu près. J’étais pas satisfait, pour moi c’était pas fini voilà. Ça me travaillait beaucoup, je me suis dit quitte à revenir dans le milieu de la BD, autant proposer à Ankama de finir cette histoire. Donc j’ai proposé cette suite qui se passe beaucoup plus tard. Changer d’ambiance pour pas non plus refaire une redite de ce qui avait déjà été fait et je suis parti donc sur Apocalypse. Le titre est venu un peu naturellement. Et j’ai poursuivi l’écriture de ce qu’on avait pensé à la base y’a 10 ans quoi.

F. : On retrouve un peu un mélange de films et de séries qu’on appelle maintenant de série B sauf que moi typiquement j’ai grandi avec ça donc je le vois pas comme des séries B, des blockbusters des années 90, maintenant ça a un peu cette connotation là. Du coup, est-ce que c’est ce style là qui a beaucoup influencé sur ton écriture et ta création de l’univers ? Ou est-ce que tu as des références sur lesquelles tu t’es basé ?

N. : Je pense c’est toutes mes références depuis que je suis ado je pense, depuis que j’ai découvert le cinéma parce que moi je lis très peu de BD. Enfin j’en lis deux/trois par an mais par contre je regarde beaucoup de films. C’est toutes mes influences, John Carpenter, Romero tout ça, j’ai voulu à un moment donné transpirer tout ça et les mettre dans un bouquin en fait, me faire plaisir. C’est pour ça que c’est multi-référencé à fond, à fond.

F. : C’est vraiment tout ce qui t’a fait.

N. : Voilà, exactement. C’est un peu les deux. C’était instinctif en fait. Je me suis pas vraiment posé de questions. Pas mal de fois on me demande si y’a des messages derrière ou des trucs, parce que les gens en trouvent forcément. Moi honnêtement, c’est pas ça qui…

F. : C’est pas ta motivation.

N. : Non. Moi je voulais que les gens se fassent plaisir et que ce soit limite un bouquin de toilettes, de chiottes. Tu te lis, tu te marres.

F. : C’est exactement comme ça que je l’ai pris.

N. : C’est ce que je voulais. Quand les gens me disent que Superstar était dans les toilettes, pour certains c’était…

F. : Ouais c’était négatif.

N. : Ouais, ils le relisent, ils le relisent et 10 ans après Superstar continue à exister. Donc ça fait plaisir.

F. : Est-ce que c’était une volonté de l’encrer un peu avec le style années 50 parce qu’on voit avec Billy Rockerson typiquement. C’est un peu une dystopie, un mélange de beaucoup de choses.

N. : Ben y’a pas de date en fait. C’est un mélange entre les années 50, les années 80, les années 70. C’est pour ça dans l’album y’a aucune date qui est donnée parce que c’est un peu intemporel.

F. : C’est volontaire de ta part en fait de pas mettre d’indice de temporalité ?

N. : Oui oui.

F. : Y’a des ordinateurs mais on sait pas trop, y’a des voitures mais c’est des modèles qu’on trouve pas forcément…

N. : C’est plus des bagnoles de la fin des années 60/70 par contre y’a des trucs qui sont des technologies des années 90. C’est pour ça je voulais pas vraiment placer ça dans une époque particulière. Parce que sinon ça m’aurait forcément enfermé.

F. : Ça t’aurait bloqué sur telle forme d’univers.

N. : Voilà. Et c’était pas ce qui était voulu à la base.

F. : Justement dans cet univers, est-ce que t’as tout sorti comme ça de par tes références et ce que tu aimes ou est-ce que t’as quand même fait des recherches à côté pour t’inspirer ou avoir peut-être des inspirations que tu avais pas forcément ?

N. : Les seules recherches c’étaient des recherches de voiture, de trucs comme ça, sinon non.

F. : C’est un condensé de toi.

N. : Oui voilà exactement.

F. : On a parlé du projet qui au départ était prévu en trois et ça a pas pu se faire etc. voilà on va passer là-dessus. Au niveau des personnages, est-ce que c’est toi qui les a créés de toutes pièces ? Tu es parti en créant tes personnages puis l’histoire ? Ou est-ce que tu avais déjà ton scénario et du coup les personnages sont venus naturellement ?

N. : Ça a commencé par Billy Rockerson. A la base, je devais faire une histoire courte dans un fanzine, avec ce personnage là. Et d’une histoire courte de 6 pages, je passe à 20 pages, puis à 30 pages. Je pouvais pas le mettre dans le fanzine forcément donc j’ai abandonné ça mais la base c’était vraiment Billy Rockerson, sosie d’Elvis et les zombies. Et après j’ai construit l’histoire avec. C’est venu comme ça en fait. Ça a commencé avec un personnage.

F. : C’est vraiment cool. Sur le titre du coup tu t’occupes de tout, on vient de le voir avec la création du personnage, de l’univers, mais tu fais aussi les dessins. Sur ta façon de t’organiser et de travaille sur le titre, qu’est-ce que c’est qui te prend le plus de temps ? Est-ce que tu as une manière de travailler précise pour faire avancer ton histoire ?

N. : J’écris tout.

F. : Tu écris tout en premier ?

N. : Tout en premier. C’est-à-dire que la base c’est un mini-roman. Ça fait une trentaine de pages, entre 30 et 40 pages. J’écris comme un bouquin et après je coupe. J’ai pas appris la BD en fait, j’ai pas appris la narration de la bande dessinée. C’est des rencontres. J’ai rencontré Laurent Astier, y’a une quinzaine d’années, même plus, oh merde… non non, vingt ans. Et c’est lui qui m’a appris pas mal de choses. J’ai rencontré Didier Cromwell qui m’a appris d’autres trucs. J’ai appris comme ça. Mais les reproches que certains titulaires m’ont fait quand j’ai présenté Superstar c’était trop cinématographique. Pour moi c’était pas un reproche, c’était plutôt une qualité. J’étais content qu’on me sorte ça.

F. : C’était ton objectif à toi.

N. : C’était mon objectif. Ça m’a fermé beaucoup de portes et y’a que Ankama, quand ils démarraient juste le label 619 et tout ça, c’est les seuls qui m’ont donné ma chance. C’est les seuls qui ont cru à cette forme de narration en fait, peut-être un peu spéciale.

F. : Ça reste dans la logique de la gamme de Ankama, quelque chose de très graphique.

N. : Voilà, moi c’est ce que je voulais faire. Ce que je vais continuer même avec le prochain album qui sortira…

F. : Justement on va en parler un petit peu après. Tu t’occupes du scénario à l’écrit et après tu passes sur le dessin. Est-ce que tu es plus dessin traditionnel, papier stylo etc. ou digital ?

N. : Je fais mes recherches, mon découpage sur papier et après je bosse en numérique ouais. Pour le gain de temps. Parce que c’est vrai que les temps imposés par l’éditeur et c’est global avec tous les éditeurs… faire en moins d’un an 90 pages, c’est assez difficile. J’aimerais bien faire du traditionnel, ouais, j’aimerais bien. Mais il va falloir que je me ré-entraîne. Je fais des commandes. Voilà, je fais des commandes sur papier, des trucs que je vends pour les profits de l’album, des trucs comme ça. Et la BD, non c’est uniquement numérique.

F. : D’accord.

N. : C’est pas on clique et ça se remplit tout seul, ça reste un travail. Mais c’est vrai qu’on gagne quand même pas mal de temps.

F. : Avant de faire tout ton dessin, tu l’imagines en noir et blanc en premier et après tu l’encres ?

N. : On m’a appris en fait qu’une BD doit se suffire à elle-même en noir et blanc. La couleur est juste un complément d’information. Donc moi c’est ce qu’on m’a expliqué. C’est ce que Laurent Astier, à l’époque où il a fait Gong sur la boxe, il m’avait expliqué ça, que le noir et blanc doit se suffire à lui-même. Donc je travaille d’abord toujours le noir et blanc, la couleur c’est toujours un complément d’informations. Après c’est mon point de vue.

F. : Toute la partie colo que tu mets sur les tomes de Rockabilly Zombie, principalement, enfin je trouve, en plus avec la papier d’Ankama qui est un grammage particulier, je trouve que ça fait très film de Romero avec le grain… je trouve que le rendu il est vraiment bien. Est-ce que ce rendu là t’arrives à le travailler avant sur l’ordinateur ou c’est vraiment du au papier ?

N. : Faut que j’adapte au papier. Parce que, en fait, c’est un papier qui boit énormément. Je suis obligé d’accentuer le contraste dans les couleurs, surtout dans le dernier tome. Ce qu’il y avait pas dans le premier et le deuxième tome et que je me suis fait avoir. Je pensais pas que ce papier boirait autant. Et donc du coup pour le troisième tome, j’ai travaillé différemment en faisant des couleurs plus pétantes. Après le papier correspond bien pour l’histoire, ça c’est cool. Mais par contre on perd vachement par rapport à ce que moi j’ai à l’écran et même sur les trucs qui ont été imprimé pour les pochettes d’album et tout, ou ça ressort bien parce que c’est pas du papier mat, c’est du papier brillant. Pour les deux premiers tomes, j’étais un peu surpris du rendu et pour le troisième tome je suis content.

F. : Du coup, t’as eu ton temps de rodage.

N. : Oui du rodage et j’ai travaillé la couleur. C’est pour ça que j’ai perdu du temps pour la sortie du troisième tome qui devait sortir normalement en septembre. Le problème c’est que j’ai travaillé sur autre chose entre temps pour prendre le relais, et donc j’ai du travailler la couleur pendant un mois ou deux à faire que ça. A chercher ce qui pourrait le mieux rendre et j’ai intégré au troisième tome. Donc forcément y’a un écart entre le premier tome et le troisième, mais là c’est vraiment ce que…

F. : C’est l’objet que tu attendais.

N. : Voilà. Exactement. Le troisième tome c’est celui que j’attendais. C’est du travail pensé. Entre le premier tome et le troisième tome, y’a trois ans qui se sont écoulés. Pendant c’est trois ans, je reste pas à faire ce que je fais, je vais évoluer donc forcément ça évolue au fur et à mesure. Comme Superstar, entre la première page et la dernière page, forcément, ça évolue.

F. : Là tu as ton personnage de Billy Rockerson. Est-ce que tu en as fini avec lui ? Ou on peut imaginer le voir peut-être sur des short story, dans un Doggybags, de passage ? C’est un exemple comme un autre hein.

N. : Depuis peut-être un an ou deux, je voudrais bien faire un préquel. Y’aurait pas de zombie ou quoique ce soit, ça serait basée sur la jeunesse de Billy Rockerson. De son passage à habiter dans un summer park avec son père à passer à habiter chez sa mère à Brooklyn fin des années 70, donc un New-York un peu craspé, voilà. Donc ça serait l’apprentissage en fait, d’un gamin qui vient de la campagne vers…

F. : Ce qui a amené au Billy Rockerson qu’on connaît.

N. : Ouais voilà. Fin des années 70 c’est bien, parce que 1979 c’est la mort d’Elvis, donc son idole. C’est l’arrivée du disco, du punk, et vers la fin des black panthers. Donc je voulais parler un peu de tout ça. Et encore c’est des références cinématographiques, je suis un fan du cinéma des années 70, donc c’est un truc que je voulais faire mais le problème c’est que faire des recherches sur New-York à cette époque là et tout ça, ça m’a un peu fait peur. Donc je suis parti sur autre chose. Et peut-être que j’y reviendrais plus tard mais en même temps, y’a peut-être d’autres projets qui vont se faire ailleurs entre temps, donc peut-être, peut-être pas, je sais pas. Après y’a des fois… y’a pas mal de projets que j’ai écrit qui ont jamais vu le jour et ça sera sûrement un des projets qui vera jamais le jour aussi. On peut pas prévoir en fait. Mais j’aimerais bien ouais. Ça bouclerait vraiment l’ensemble.

F. : Une vraie bulle pour cet univers

N. : Après moi je suis content, la série elle est terminée. Y’aura pas de suite, y’aura pas de machin, c’est fini.

F. : T’es arrivé au bout de ton idée.

N. : Ouais et je suis content de la fin.

F. : Le fait que tu aies travaillé seul sur la série, est-ce que travailler à plusieurs pour peut-être gagner du temps, sur toi ta façon de faire tes recherches, ou autre, ça peut t’intéresser ? Ça peut être une expérience ? T’es pas fermé ?

N. : Je suis pas fermé pour l’instant. Mais là je voudrais continuer encore un tout petit peu à travailler tout seul parce que moi j’aime bien écrire. C’est le truc de base, voilà, je voulais travailler dans le cinéma pas dans la BD à la base. Comme je dessinais tout le temps j’en suis venu à… Quitte à pas faire d’école de cinéma parce que y’a plus de vingt ans c’était cher, fallait une bourse, et mon père était de la classe moyenne donc pas droit à une bourse et possible qu’on me paie une école. Donc moi je dessinais. Je me suis dit autant mettre mes histoires en BD. Et on verra bien quoi.

F. : Du coup je vais finir avec la dernière question c’est un petit peu tout ce qu’on a abordé sur tes projets qui arrivent, est-ce que tu en as un déjà arrêté ?

N. : Oui oui. Toujours chez Ankama.

F. : Chez Ankama aussi ?

N. : Oui oui, ça a été signé y’a pas très très longtemps. J’ai présenté le projet l’année dernière, justement ici à Angoulême, et ça c’est conclu en juillet dernier. Ben c’est Arcadium, ça s’appelle Arcadium, ça sortira… ben c’est un pavé… donc ça sortira fin 2021 logiquement.

F. : C’est un gros roman graphique ?

N. : Ouais, c’est 128 pages. Je suis encore tout seul. Et je change, je tourne la page avec le « truc génération » qu’il y avait avec Rockabilly, du côté marrant, fun et multi-référencé, là c’est plus sérieux, beaucoup plus psychologique. C’est un drame psychologique qui part vers le fantastique.

F. : D’accord. Eh ben c’est parfait pour moi. Je te remercie beaucoup de ton temps.

N. : Merci à toi.

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