Superman : Space Age
Le personnage de Superman est complexe. Érigé en super-héros aux super-pouvoirs, il est la parfaite incarnation de ce que le monde attend et imagine d’un héros. Depuis sa création, et encore aujourd’hui, il reste cet être indestructible. Bien qu’au fil des ans, il ait été mis à mal par divers adversaires, technologies ou pouvoirs — et même un tout petit caillou vert ! — il reste ce qui se rapproche le plus du fantasme idéalisé du super-héros.
C’est aussi pour toutes ces raisons que Superman est, à mon sens, un personnage clivant. Suivant les auteurs qui s’en emparent, la perception du héros change, et ses aventures aussi. C’est pourquoi, personnellement, Superman ne fait pas partie de mes héros préférés. Alors oui, on a eu droit aux films avec Christopher Reeve, à la série Lois et Clark, à Smallville, au Superman d’Henry Cavill… Mais bien que le personnage soit une ancre de la pop culture depuis « toujours », cela reste souvent à double tranchant.
Malgré tout, mon petit plaisir, ce sont les titres one-shots. Particulièrement depuis la création du Black Label, je pioche de temps en temps dans quelques titres Superman. Aujourd’hui est sorti Superman – Space Age et, en toute honnêteté, j’y suis allé les yeux fermés pour trois raisons : les Allred (Michael et Laura) et Mark Russell au scénario (rappelez-vous Prez et soyez prêt pour Batman – Dark Ages).
Ces trois noms suffisent à me faire acheter un comic les yeux fermés, tant j’aime leur travail. Je ne vais pas tourner autour du pot : ce titre fait partie de mes préférés de Superman.
Pensé comme une aventure narrative à travers les âges et la continuité de l’existence de Superman en tant que personnage, Mark Russell va, au fil de 256 pages et trois gros chapitres, donner à Superman une dimension humaine rarement aussi bien creusée.
Loin des titres blockbuster habituels, ici, Clark Kent grandit sous nos yeux — en tant qu’homme, mais aussi en tant que super-héros. De sa place sur Terre en tant qu’humain à son « devoir » de héros, ce sont autant de questions soulevées : la trace de l’héritage, la mémoire, ce qu’il reste de nous une fois que plus rien n’existe, ce que l’on laisse aux gens, à la vie, à la planète, quand on aimerait faire plus mais qu’on se sent impuissant. Mark Russell écrit à la perfection un Super-Homme Super-Perdu, qui, avec la sagesse de certains, parvient à garder espoir et à voir ces petites choses qui méritent d’être « sauvées » ou simplement « saisies ». En somme : la vie.
Accompagné par Michael et Laura Allred, tous deux livrent un style un peu old school, très pop/pulp. J’adore leur travail, notamment sur Silver Surfer, et j’ai tout de suite été embarqué. Le redesign des personnages apporte un vrai coup de frais à l’univers. Évidemment, ne vous attendez pas à de la grosse bagarre à chaque page, mais tout ce qui fait l’essence de l’univers de Superman est là, et respecte une certaine continuité.
Un savant équilibre entre tranche de vie, guide du routard de Superman et réflexion super-héroïco-philosophique, ce titre est un petit bijou pour tous les amateurs de Superman — mais aussi un point de vue idéal pour capter l’essence du personnage.
Je conçois cependant que cela puisse ne pas plaire, notamment à cause de la partie graphique, du rythme ou encore de la proposition narrative de Mark Russell, qui ne livre pas du tout un titre classique. Il n’en reste pas moins que, pour moi, ce titre entre directement dans mon top 3 des œuvres consacrées à Superman. Je ne peux que vous le recommander.
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