Le chemin derrière la maison
Une œuvre du Label 619, c’est toujours une expérience, rarement mauvaise.
Et si le label a su prendre de la place dans le paysage de la BD au sens large grâce à des succès critiques et des auteurs dont les plumes ne sont plus à remettre en cause, il y en a un qui, bon gré mal gré, œuvre bien souvent, à mon sens, dans l’ombre pour nous offrir toujours de la nouveauté, repousser les limites, mélanger les styles et les influences ; et à chaque fois, le résultat est unique. Cette personne est bien sûr Run, sans qui le label ne serait sans doute pas le même aujourd’hui — sans lui, il n’existerait simplement pas à vrai dire, mais passons.
Ici, il a encore dégoté un petit bijou. Avec Le chemin derrière la maison, il offre à Jérémie Gasparutto un terrain de jeu incroyable de 150 pages. Avec sa couverture digne d’un livre horrifique ou du moins inquiétant, Jérémie œuvre seul dans ce qui pourrait sembler un mélange savamment pensé entre la poésie, la bande dessinée, la quête existentielle et l’éternelle remise en question des cycles de la vie.
Il serait difficile pour moi de vous parler longuement du contenu de ce titre pour la bonne raison que je suis certain qu’il faut le vivre, le lire pour vraiment en apprécier pleinement l’audace. Le récit a su, chez moi en tout cas, faire écho à de nombreuses reprises grâce à des pages d’illustrations sublimes ou de petites phrases parsemées ci et là. On se laisse emporter, chahuté, mettre à mal, mais aussi consoler et rassurer par ce « récit ». Aussi doux que violent, la nature et la terre sont à l’homme ce que l’homme est à la nature et la terre : violence, passion, amour et incompréhension. À chacun sa perception, à chacun son ressenti, mais l’important est ce que l’on en retire.
Au démarrage de ma lecture, je me suis senti un peu froid et distant, ne comprenant pas vraiment « le sens » de ce que j’avais entre les mains ; pourtant, au bout de quelques pages, l’effet boule de neige m’a emporté et je n’ai fermé le livre qu’à la dernière page.
C’était INCROYABLE.
Je comprends cependant que le titre puisse laisser perplexe et que certaines personnes pourraient y être totalement hermétiques, mais clairement, chez moi, ça a eu un effet assez fou.
C’est pour ça que je vous le recommande chaudement. L’expérience et la proposition sont tellement hors des normes habituelles qu’il faut encourager et savoir apprécier la disponibilité de ce genre d’œuvre.
Merci à Run et Jérémie de bousculer les codes et de nous faire voyager.
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