Dossier – Le Garde Républicain – Partie 1

Dossier – Le Garde Republicain – Partie 1

Si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez lu le titre du dossier. Alors oui, nous allons parler du Garde Républicain, un super-héros 100% français! C’est pour dire, ce n’est pas pour rien qu’il reprend le nom d’un corps de Gendarmerie et qu’il est là pour garder la République. Oui, soyons clairs, on ne parle pas ici de politique…

Le Garde Républicain est donc le prototype du héros patriotique, drapé dans l’étendard national et défendant les valeurs qui ont construit la France. Sorte de Captain America Frenchy, on pourrait croire qu’il est construit avec un certain manichéisme, voire avec simplicité. Il serait facile de tomber dans la caricature, surtout lorsqu’on sait que son auteur l’a créé à l’âge de… 15 ans, pour participer à un concours pour le magazine Mustang! Et vous savez le pire? C’est, qu’à l’époque, il n’a même pas gagné. Belle revanche que de voir ce personnage ressurgir 30 ans plus tard et connaître le succès. Oui, oui, le succès. Avec, à ce jour, 15 numéros de la série régulière et une dizaine de hors-série de publiés, on peut appeler ça ainsi.

Mais revenons au personnage et à sa caractérisation. La plus grande force du Garde est justement de ne pas coller au type du personnage nationalisant typique, que ce soit Cap ou les autres itérations qui existent. Le Garde ce n’est pas qu’un homme. C’est toute une lignée d’hommes qui se sont succédé pour porter haut le drapeau bleu blanc rouge. Un peu comme le Fantôme, l’aspect filial en moins. Ce changement à chaque génération permet au Garde en place de coller à son temps, d’être en phase avec la société qui l’entoure. En plus d’asseoir la pérennité du personnage en tant que tel, ce procédé permet également à l’auteur de s’amuser avec son héros, de le représenter à différentes périodes de l’Histoire de France, voire à laisser jouer ses petits copains auteurs.

Car, oui, le Garde a un créateur : Terry Stilborn, anglicisme avoué et voulu de Thierry Mornet, notre ami fan de comics et également responsable éditorial chez Delcourt. Mais si, il y a bien longtemps, dans une galaxie très, très lointaine, on l’avait même interviewé [si tu es malin, tu cliques sur le lien]. Thierry, fort de sa culture comics et de sa passion pour la B.D en général et le comics en particulier a, par la force du poignet, su imposer son personnage dans le paysage du French Comics, au point de lui faire rencontrer d’autres héros tels que Fox Boy. Le Garde est également intégré à l’univers étendu Hexagon Comics et a même rencontré Barbarella. Mais ça, nous en parlerons dans une future partie de ce dossier. Parlons-en du dossier, justement. Ça fait un bail qu’il en préparation ; quelques années pour être honnête [depuis 2015 pour être exact]. Ma première rencontre avec Thierry et la qualité des publications m’a immédiatement donné envie de m’y atteler. De fil en aiguille, et les mois se succédant, mes notes sont restées dans un coin. Jusqu’à ce qu’une nouvelle rencontre avec Thierry me fasse me sortir les doigts du cul pour enfin mettre tout ça au propre et attaquer la lecture des numéros qui suivront dans la seconde, la troisième et probablement la quatrième partie. Voire plus, si d'ici là, d'autres numéros sont sortis. Et vu le rythme de publication en cours, on peut s'attendre pour 2020 à voir paraître plusieurs numéros.

Avant d’en arriver là, enfilons nos collants bleu blanc rouges en écoutant la Marseillaise et intéressons-nous aux numéros 1 à 5 du Garde Républicain.

Garde actuel

Pour sa présentation, le scénario de cet épisode bénéficie d’une écriture plutôt classique qui introduit le personnage et son entourage. Le Garde apparaît comme étant au service de l'Etat. Une sorte de super-flic, en somme, avec une dose d’agent secret, nous proposant un mélange de James Bond et de héros, au sens strict du terme.

La présentation de son équipe, composée de Bricolo, un baba cool et d'une assistante sexy, reste sur une caractérisation type, se rapprochant des clichés du genre.

Comme je vous le disais en préambule, malgré cette première impression de concept manichéen, notamment avec également l'utilisation d'une beurette en acolyte, la mayonnaise prend! Le personnage de Marianne, lui non plus, ne reste pas coincé dans un carcan stéréotypé et s’impose grâce à une caractérisation forte. C'est d'ailleurs avec l'adjonction de Marianne à l'équipe en place que l'auteur a décidé de nous présenter son héros. Pas de fioritures, on entre directement dans l'action!

L'auteur utilise aussi plusieurs concepts fantastiques pour les ennemis du Garde, à savoir Jean Brume [sorte de Spectre à la sauce Frenchy. Un personnage très réussi] et le masque de … Belphégor! Ainsi, il confirme son intégration à l’univers étendu Hexagon comics, ces personnages étant bien connu des lecteurs des publications de cet éditeur.

La fin reste ouverte, laissant le développement de l’intrigue se poursuivre dans de futurs numéros.

Avec son scénario classique, ce premier numéro met en place le personnage et l'univers entourant le Garde. Le lecteur ne sera pas perdu et on sent la patte French Comics. Mis à part quelques expressions désuètes, les dialogues sont réalistes.

Le dessin de Juan Berger est clair, lisible et bien adapté au concept, bien que je regrette que les gadgets utilisés par le héros ne rendent pas l'effet voulu dans leur utilisation. Je pense notamment à la crinière électrique du casque. La description graphique du quartier général sous l'Île de la Cité [rien que l'idée, j'adore!] est réussie.

Fin des années 60/début 70

Les dessins de Chris Hénin sont sombres et limpides à la fois, malgré que les premières pages de l'histoire semblent assez laborieuses. Comme le dit l'auteur lui-même, Hénin s'améliore au fil des pages pour livrer une prestation dynamique.

Le développement de l'histoire la rend vraiment prenante. La phase de recrutement lève un peu le voile sur la mythologie du Garde. Le design du costume est adapté à l'époque à laquelle se déroule l'histoire, sans jamais trop en faire.

Le pitch de l'histoire la situe juste après les événements de Mai 68 et est en adéquation avec la mouvance de cette période, contestataire et libertaire. C'est une des forces des scenarii de Stilborn, de coller à l'Histoire de France. En prenant ce moment fort de notre histoire récente, l'auteur parvient à faire réfléchir son Garde, n'en faisant pas uniquement un instrument de l'État, mais un héros, au sens noble du terme, à part entière. En cela, on se rapproche du run de Captain America (encore lui) des années 70 où, suite à une crise de conscience, il avait raccroché son identité secrète pour adopter celle de Nomad.

Une fois encore, la fin soulève des questions qui titillent le lecteur avide de réponses.

Crossover entre Fox Boy et le Garde actuel

Il s'agit d'une réimpression d'une histoire déjà parue dans Paotr Louarn et dont il est fait mention dans le Tome 1 de Fox Boy.

Les dessins de Laurent Lefeuvre sont [forcément] très bons et la splash page où les deux héros se rencontrent est un bel hommage, avec tous ces noms d'auteurs de comics tagués sur les murs. À la relecture, seule la colorisation me semble un ton en-dessous, car très sombre.

Fox Boy et le Garde se partagent vraiment la vedette dans cet épisode, aucun des deux ne tirant la couverture à soi. Néanmoins, le Garde a une attitude assez paternaliste face à Pol, mais sans jamais le rabaisser. Les deux héros vont combattre dans cet épisode des "choses" qui me rappellent fortement les "mindless" ones de chez Marvel. Si Hexagon Comics nous propose déjà une sorte d'univers étendu des super-héros français, cette histoire me semble enfoncer le clou. À quand un crossover avec Mikros et Photonik?

Garde des années 80

Lors de l'introduction, le héros […l'auteur] s'adresse au lecteur et résume la psychologie de tout fan de comics. Eh oui, lecteur, c'est de toi qu'on parle!

Le dessin d'Elsa Charretier est sombre, à mille lieues de ce qu'elle a pu produire par la suite où elle a d'habitude un trait plus léger. Ses planches nous proposent également un Garde androgyne, à la silhouette féminine.

Le scénario de Pierrick Colinet est bluffant. Cet ado, qui se déguise en Garde, exprime tout le mal-être des ados de cette période, faisant face à de grands changements au sein de la société. La représentation de son père mafieux, penché sur la dépouille de son fils, me semble être une allégorie sur la formule "le crime ne paie pas". Pourtant, Colinet a réussi à mettre en parallèle les sentiments de son personnage avec ce que doit ressentir le véritable Garde. C'est une histoire du Garde qui n'en est pas une qu'on nous propose avec cet épisode. Et pourtant, c'est certainement celle qui s'interroge le plus sur les motivations des super-héros.

À la toute fin de l'épisode, apparaissent le véritable Garde Républicain, mais également l'Archer, sur lequel on n'a pas beaucoup d'infos. Peut-on espérer revoir ce Garde de 1984?

Garde du futur post-apocalyptique

Il s'agit d'un récit muet, avec des dessins de Cyrille Munaro, dégageant une énergie visuelle prenante, voire haletante. J'en ai eu le souffle coupé tout au long de ma lecture. Le noir & blanc, avec juste quelques touches de rouge (sang) permet de donner un réel impact visuel aux planches, pour se finir sur une splash-page héroïque. Ça fait partie de ces récits qu'on veut suivre au triple galop, mais dont on veut, en même temps, profiter des dessins. Si je devais classer cette histoire, ce serait dans la case de ces récits en petit format des années 70.

À noter, comme le souligne Stilborn, que ce récit a été un des premiers qui lui est venu à l'esprit lorsqu'il a décidé de dépoussiérer le concept original du Garde Républicain.

Garde actuel

Tout d'abord, je vous parlerai des dessins de Danny Rhodes [mais appelons-le par son vrai nom, Ludo Rodriguez], qui sont magnifiques et rendent une dynamique parfaite du garde Républicain dans les séquences de combat, mais également lors de scènes plus intimes, où, par exemple, sa faiblesse transparaît lorsqu'il est blessé. La mise en couleurs contribue également à sublimer le trait. Au niveau design, son garde casse la baraque! Probablement l'une des meilleures représentations de toute la série!

Le scénario se concentre sur un Garde blessé qui surmonte sa douleur pour vaincre ses ennemis. Il montre surtout les valeurs que défend le Garde Républicain et le courage qu'il peut inspirer aux gens par sa pugnacité et sa foi en la République et ses citoyens. C'est un bel épisode qui nous est proposé, où le Garde se trouve élevé au rang de symbole, mais reste cependant humble. Là encore, Stillborn assoit la pérennité de sa création au sein de son propre univers.

Premier Garde.

Récit des origines du garde Républicain, de l'indépendance de l'Amérique à la Révolution française, où le Marquis de La Fayette devient le symbole de la liberté. On peut reprocher à ce récit, qui se déroulera en quatre parties, un certain flou dans sa construction et le pourquoi du comment La Fayette décide de porter un masque bleu blanc rouge. Est-ce un morceau du premier drapeau américain? Dans ce cas, l'inspiration de Stilborn, venue d'outre-Atlantique, serait totalement assumée. Il rapatrierait alors le concept sur le vieux continent, dans notre beau pays qui est à l'origine des super-héros.* Du drapeau français? Sauf qu'il n'existait pas encore sous cette forme avant la révolution en 1789…

Le découpage du récit par Nathan Legend est bien construit et accompagne une partie graphique au trait assez simple, me rappelant les B.D "historiques" dont le but est de divertir autant que d'instruire, en y ajoutant cependant une touche comics. Le postulat, d'ancrer le Garde Républicain dans cette période fondamentale historiquement, en lien avec les valeurs qu'il défend tout au long des siècles, ne le rend que plus attachant. Le seul regret serait que sa genèse se déroule sur un autre continent au lieu de se produire en France.

*Voir Super-héros, une histoire française, par Xavier Fournier. Si, si, il FAUT le lire.

Fin des années 60/début 70

Il s'agit de la suite de l'histoire amorcée dans le numéro 2. Le récit évolue en devenant plus sombre et moins manichéen. Le Garde Républicain perd peu à peu de son innocence et découvre une sale histoire derrière tout le projet. Le graphisme évolue avec le récit et est également moins "naïf", se rapprochant ainsi des sentiments ressentis par le Garde. Chris Hénin a complètement gommé les petits défauts qu'on pouvait trouver à sa première prestation et nous livre des planches maîtrisées, faisant preuve d'un très bon sens de la mise en page. Son trait est affirmé et impose le Garde en véritable super-héros, même lorsqu'il est en civil, arrivant à faire transparaître l'héroïsme du personnage.

Nous sommes les témoins de la première apparition du Rottweiler, sorte de Bane à la solde du gouvernement, qui met la pâtée à ce Garde, somme toute candide, victime des manipulations de sa collègue, mais également de son supérieur. On termine l'histoire sur un cliffhanger qui ait son boulot, à savoir avoir envie de lire la suite.

Premier Garde

Suite directe du numéro 4.

La Némésis du premier Garde est une trouvaille plutôt intéressante. Malheureusement, l'épisode est assez flou dans sa construction et la motivation des personnages, qui auraient certainement méritées d'être plus développées. Cependant, le parallèle avec notre Histoire est, encore une fois, très bien vu et donne du relief au récit. Côté dessin, Nathan Legend reste sur sa lancée avec des planches adaptées au récit.

Bonus

Les travaux de recherche graphique de Christophe Hénin apportent une vraie plus-value au numéro. À quand des extraits de scénario par Terry Stilborn?

 

Nous arrivons au terme de cette première partie en constatant que la série, si elle peut se lire dans le désordre, montre quand même une certaine unité entre les différents épisodes. D'ailleurs, cette histoire qui se poursuit dans des numéros qui ne se suivent pas [volonté de l'auteur ou contrainte technique?] démontre également la cohérence de la série, avec un suivi réel de la part de l'équipe créative de chaque épisode. Nous l'aborderons dans la suite, mais cette tendance va avoir tendance à se généraliser tout au long de la série, au fil des projets mettant en scène le Garde Républicain.

 

 

   
  • Titre: Le Garde Républicain
  • Broché : 44 pages en moyenne
  • Editeur : Auto-édité/Rivière Blanche
  • Collection : Hexagon Comics
  • Langue : Français
  • Prix : 10 €

 

Note : Notre système de notation quantifiée ne sera pas utilisé pour les ouvrages présentés dans ce dossier, chaque numéro présentant ses propres forces et faiblesse. Mais vous aurez bien compris que si nous prenons la peine de vous présenter un dossier complet, la qualité sera au rendez-vous.

Les fascicules sont disponibles à l'achat sur le facebook du Garde Républicain, le site de Rivière Blanche, plusieurs librairies en ligne et bien sûr chez votre libraire.

2 commentaires

  1. J’ai du retard sur le garde, faut vraiment que je me ‘y remette….

    J’avoue que j’ai eu du mal à suivre à cause des frais de port… (pas facile à trouver dans toutes les librairies, donc je dois forcément attendre qu’un paquet de numéros soit sorti pour que ce soir “rentable”)

    Mais par contre, j’adore la série, pour les mêmes raisons que tu évoques, une excellente surprise et des petits détails qui reviennent à tous les numéros qui m’interpellent mon capitaine ! Mais ne faisons pas le poisson clown… faut vraiment que je m’y remette !

    Petite anecdote, l’épisode “team-up” avec le garde est incomplet… on a l’impression que l’ennemi débarque de nulle part…. mais cela est expliqué dans le tome 0 inédit de Fox-Boy :p


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