Real
Vous qui me suivez depuis plus de 10 ans maintenant, vous commencez à me connaître. Takehiko Inoue et ses diverses œuvres sont un pan essentiel de mes références mangas, Slam Dunk en tête bien évidemment, mais également Real, méconnu et pourtant tout aussi exceptionnel, voire même plus, tant Inoue met au cœur de son titre l’Humain.
Real nous fait découvrir l’histoire de trois personnages : Kiyoharu, Takahashi et Nomiya. Tous trois, jeunes, pleins d’ambition et d’espoir en l’avenir, vont être coupés dans leur élan par la vie. Chacun d’une façon différente, chacun d’un mal différent.
Kiyoharu est un athlète de haut niveau, un champion d’athlétisme qui va, très jeune, perdre l’usage de sa jambe à cause d’une maladie des os. Takahashi, lui, est une sorte de petit génie, doué en tout sans forcer, notamment au basket. Il n’a que le ciel comme limite, jusqu’au jour où un camion, en le percutant, lui vole ses ailes. Il perd totalement l’usage du bas de son corps.
Nomiya, lui, est une sorte d’ado rebelle au grand air de voyou, mais se cache derrière sa personnalité un lourd secret. Il a échappé à la mort lors d’un accident de moto, cependant, sa passagère, elle, n’a pas eu cette chance. Son mal : la culpabilité.
Ces trois personnages vont donc nous être présentés, chacun à un stade différent de leur vie, mais chacun au même point, au plus bas. Takehiko Inoue, va, sous fond de handi-basket, nous faire vivre et découvrir leur quotidien, leurs difficultés, leurs problèmes, qu’ils soient dus à leur nouvelle condition d’Homme, de malade, ou de vie. Les épreuves qu’ils vont devoir affronter, le soutien qu’ils auront ou qu’ils perdront.
Les regards de la vie, de la société sur ces personnes pour qui tout change du tout au tout, du jour au lendemain. Les sacrifices qui seront nécessaires autant à eux qu’à ceux qui les entourent pour ne rien lâcher.
Avec brio, Takehiko Inoue nous met à la place de ces personnages, qui feront plus ou moins écho à des choses que tout le monde a ou peut vivre, du déni à la détresse, en passant par la colère. La plume de Inoue nous fait traverser toutes ces étapes. Les hauts, les bas, le renoncement, la résilience, le courage, la force de volonté. On grandit humainement, on apprend et découvre, au fil de 16 tomes, la fragilité de ces personnages, l’Humanité, le respect, l’amitié, la vraie.
Real est incroyablement Humain sur tous ses points, mais pas que. Takehiko nous fait ressentir ça tant par la construction de chacun des personnages, que ce soit nos trois protagonistes ou une « simple » aide-soignante durant quelques cases. Chaque personnage apporte sa dose émotionnelle. Ajoutez à cela le talent graphique de son auteur, et vous vous retrouvez avec des scènes si fortes, si poignantes, que vous vous sentirez bien peu de chose à côté de ce qui arrive.
Takehiko reprend des thèmes forts qu’il a commencé à explorer dans Slam Dunk, mais continue ici à les approfondir avec un tout autre angle. Tout comme pour Slam Dunk, on voit qu’il a mis beaucoup de sa personne dans son œuvre. Ça se ressent notamment au travers des informations qu’il nous distille sur le handicap. Il a pris le temps de rencontrer en personne des victimes de ce genre d’accident, des clubs handi-sport, pour nous narrer au plus proche de la réalité.
Sa plume, son trait sont encore une fois au service de thématiques fortes et poignantes que vous devriez absolument lire.
Aujourd’hui encore, chaque tome sorti est un petit événement, et aujourd’hui, avec la sortie du tome 16, il ne déroge pas à la règle, apportant une fois de plus tout le doux-amer de cette série.
Un indispensable du manga.
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