Ghost of Yōtei – Une histoire d’héritage
Difficile d’être le second, d’autant plus lorsqu’on parle de jeu vidéo. Tout va vite, et si les nouveautés ne sont pas là, on classe trop rapidement une suite ou un second volet de jeu “1.5”. Pourtant, parfois — notamment avec Ghost of Yōtei — ce n’est ni un 2, ni une suite directe, et absolument pas un 1.5.
Ghost of Yōtei est, à ce que son histoire nous propose, un héritage. L’héritage du savoir-faire acquis sur Ghost of Tsushima, le tout assimilé, adapté et remodelé pour en garder les forces tout en améliorant les faiblesses. Mais loin de se contenter de cela, Ghost of Yōtei nous invite à quelque chose de nouveau, quelque chose qui nous prend et nous offre une évasion unique en son genre.
Ghost of Yōtei se trouve à une jonction particulière du médium. À mes yeux, on flirte réellement avec la cinématographie, au sens propre du terme : plans larges, musique d’ambiance, panoramas et mise en scène artistique, que ce soit dans les combats ou les cinématiques. Tous les codes sont présents, et j’ai souvent eu cette réflexion : “On dirait un Tarantino ! Oh, et là, on se croirait dans un western.”
Tous les codes du genre sont proposés et adaptés à cet univers de Japon fantasmé. C’est donc Atsu, notre héroïne, que l’on va suivre pendant notre aventure. Atsu a vécu le pire : elle a tout perdu — père, mère, frère… et la vie. Du moins, c’est ce que Saito, seigneur autoproclamé d’Ezo, pense. Très vite, manette en main, on apprend que Saito a créé un groupe de soldats d’élite, les Six de Yōtei, qui font régner la terreur et sont la cause des malheurs d’Atsu. Vous l’avez compris, Ghost of Yōtei est une histoire de vengeance. C’est donc à vous de mener cette quête à bien.
Si le pitch de l’histoire est classique, il a le mérite d’être efficace. Si vous vous en tenez à l’histoire principale, une quarantaine d’heures vous mènera à sa conclusion… sauf que vous n’irez jamais au bout en 40 h. Pourquoi ?
À cause de la proposition du studio Sucker Punch dans son ensemble. Ce jeu est organique, vivant, et vous invite de manière parfaitement naturelle à explorer, découvrir, vous promener — d’un bain chaud à un sanctuaire perché sur une falaise, en passant par un pilier du défunt où vous trouverez un sabre.
La formule de Ghost of Tsushima reste sensiblement la même, sauf qu’on la ressent moins, car le monde vit : on croise des gens, commerçants, ronin, amis. On s’arrête, on parle, on mange, on joue de la musique — et ici, la musique a une importance capitale. Elle fait partie de cet héritage, que ce soit celui d’Atsu ou de la vision occidentale du Japon.
Ce que Sucker Punch a fait en reprenant ce qui a fonctionné dans Tsushima est malin : le studio y a ajouté de la vie et de nouvelles petites choses, comme le lien avec les loups, en filiation directe avec l’histoire. C’est d’ailleurs ce qui fait tout le sel des activités annexes de Ghost of Yōtei.
On ajoute à cela les primes, et on se retrouve avec une pléthore de quêtes annexes qui, si elles peuvent sembler redondantes, apportent selon moi une consistance à cet univers — un peu à la The Witcher ou Red Dead. Certaines quêtes sont au long cours, et on retrouve les personnages dans les différentes régions du jeu, toutes magnifiques, avec leurs biomes, animations et environnements uniques.
Découvrir est le cœur même du jeu : les couleurs sont incroyables, l’ambiance tout autant.
Riche de son univers et de son aventure, le jeu reprend les codes de Ghost of Tsushima mais apporte une fraîcheur nouvelle. Les passages rigides du premier opus sont ici mieux maîtrisés, les armes évoluent, et le fait d’avoir un sensei pour apprendre le b.a.-ba d’une arme est bien plus organique qu’un simple pavé de texte.
Autre point fort : il n’y a aucune indication intrusive — tout passe par le système du vent pour vous guider. Votre œil devient votre seul repère. De la brise de feuilles jaunes près d’un sanctuaire à l’érable rouge proche d’un bain chaud, ou encore au hurlement d’un loup annonçant une tanière, tout est fait pour vous inviter à la curiosité.
L’escalade aussi a été assouplie : sans atteindre le niveau de Breath of the Wild, elle est désormais intégrée intelligemment. Pas de marques jaunes artificielles — ici, on grimpe sur des rebords de falaise couverts de fientes d’oiseaux. C’est détail, mais génialement pensé.
Bref, Ghost of Yōtei, c’est une aventure touchante. Bien que le scénario soit classique, il n’en est pas moins intéressant et riche dans la construction des personnages. Il développe leurs relations, souvent touchantes, et l’évolution de chacun apporte un réel attachement.
Les révélations liées à la thématique de l’héritage marquent profondément : ce qu’Atsu a vécu, ce qu’elle vivra, et les personnages qu’elle rencontrera la feront évoluer. Mais jusqu’à quel point ?
Pourrait-elle abandonner sa quête de vengeance ? À vous de le découvrir.
Quoi qu’il en soit, Ghost of Yōtei est le genre de jeu obsessionnel. Pas un jour depuis que je l’ai lancé sans avoir envie d’explorer Yōtei— et c’est rare. Ceux qui connaissent mon amour pour Horizon le savent : je mets Ghost of Yōtei au même niveau.
Sur le plan artistique, c’est un chef-d’œuvre : graphismes somptueux, paysages sublimes, rivières, ciels mouvants. Et que dire des déplacements à cheval ! Le côté cinéma prend tout son sens. Ajoutez à cela le mode Watanabe et ses musiques lo-fi, et vous ne décrocherez plus.
Quelques options permettent d’ajouter un peu d’hémoglobine ou de boue, mais ce n’est pas essentiel. En revanche, le mode Kurosawa est de retour, et c’est incroyable. Difficile de choisir entre couleur et noir et blanc — l’ambiance change totalement et offre presque une nouvelle aventure.
C’est du grand cinéma.
Enfin, vous l’aurez compris : Ghost of Yōtei, sorti en octobre 2025, fait une entrée fracassante dans mes jeux favoris sur PlayStation. C’est du lourd, et à l’heure où j’écris ces lignes, il ne me reste plus qu’à terminer la dernière mission… chose que je ne ferai pas tout de suite, car j’ai encore tant à découvrir, et je ne suis pas prêt à lui dire au revoir.

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