Bonjour et bienvenue à tous dans les Dossiers de GL ! Une semaine sur deux, je vous proposerai un article (en une ou plusieurs parties) traitant d’un sujet lié aux comics ! Aujourd’hui, je vous présente la première partie d’un article traitant du son dans la bande dessinée/comics/manga !

La bande dessinée (dans son sens large, comprenant BD franco-belge, comics et manga, notamment) est, comme son nom l’indique, exclusivement composée de dessins (le texte étant considéré comme une forme de dessin). Impossible donc, à première vue, de créer du son dans ce médium. Pourtant, depuis plusieurs années, la bande dessinée parvient, grâce à des procédés particuliers, à transmettre aux lecteurs des effets sonores. Il existe ainsi un graphique (revisité par Scott McCloud dans son comics l’Art Invisible) représentant les différents types de dessins. On peut y voir, dans le coin gauche, la ressemblance à la réalité, aussi appelé le représentatif. Dans le coin droit, le concret, le sens premier, se rapprochant bien plus du langage. Et au sommet, l’abstrait, le côté uniquement pictural. Ce qui nous intéressera ici, c’est la frontière linguistique, en rouge. Car, le son en bande dessinée est représenté par des mots.

On peut dès lors distinguer trois types de « sons » différents : le dialogue (représentant le langage banal, apposé dans des ballons/bulles/phylactères), la légende (expriment un récit explicatif, adressé uniquement au lecteur (sauf indication contraire)), et enfin, le son, le bruit (qui est surtout représenté par des onomatopées, plus ou moins abstraite en fonction du pays de production, et du dessinateur).

Image 1 : The Map of the Universe called Comics. Scott McCloud.
L’Art invisible. Paris, Delcourt, 2007. pp. 52-53.

La question qui se pose ensuite est donc : qu’est-ce que le langage ? Fut un temps, où montrer, c’était dire, et où dire, c’était montrer. Mais peu à peu, le langage écrit a évolué. Il est devenu de plus en plus abstrait, et s’est codifié au fil des années et des siècles, pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Dans la culture occidentale comme dans la culture orientale, chaque symbole (lettre d’un alphabet, ou d’un syllabaire) équivaut à un son, qui additionné à d’autres symboles forment un son plus complexe signifiant un mot. Chaque symbole ne représente alors pas un son, mais le concept d’un son. Dans l’alphabet français, le ‘A’ représente le concept du son « aaaa », le ‘M’ représente le concept du son « mmm ». Le mot est ainsi le concept d’un son plus complexe.

Image 2 : Exemple d’évolution du langage. Scott McCloud. L’Art invisible. Paris, Delcourt, 2007. p. 131.

Transposons alors cette idée aux onomatopées. Le mot de l’onomatopée ne renvoie pas directement à un son existant, ni même à la description d’un son. Ce dernier représente un concept de son. Dans l’image ci-dessous, « Paf ! » représente un son relativement violent, bref et sec. « Bloing ! » un son métallique, fort et résonnant. et « Bang ! », c’est un son assourdissant et bref. Mais il est bien clair qu’aucun de ces sons n’existent dans la réalité en tant que tels. Un son relativement violent, bref et sec, ça existe. Mais ça ne fait pas réellement « Paf ! ». Cela dit, le lecteur comprend tout de même que le mot « Paf ! » équivaut au son qu’on entendrait dans la vraie vie. On a ici affaire à une sorte de va-et-vient entre le signifiant et le signifié. « Bloing ! » est le mot signifiant, nous renvoyant au signifié/concept « bruit métallique, fort et résonnant », nous renvoyant à son tour à une sorte de signifiant audible dans la vraie vie.

 

Image 3 : Astérix. Illustration d’Albert Uderzo.

Un exemple de ceci se trouve dans la série télévisée des années 60 de Batman, où les réalisateurs ont ajouté des onomatopées textuelles lorsqu’un son fort se fait entendre durant les phases de combats, visible à cette adresse, par exemple : . Le son « textuel » renvoie au son audible, qui n’est pourtant pas exactement le même.

Ces onomatopées représentent tellement un concept que parfois, il est directement inscrit un verbe renvoyant à au son qui vont avec, plutôt qu’une tentative de son.

Image 4 : Guardians of the Galaxy (vol. 3) n°11. Paru chez Marvel Comics en avril 2014, p. 12. (Histoire de Brian M. Bendis, dessins de Sara Pichelli). « Slice » signifie « trancher », « couper ».

Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au Japon, les onomatopées ont un sens plus large qu’en Occident. Par exemple, pour signifier un bruit tel que notre « Ouin, ouin ! », les japonais utilisent l’onomatopée « ワーワー » (se lit « Wâ-Wâ »). Cependant, cette onomatopée peut être utilisée en tant que verbe pour signifier « pleurer beaucoup ». Ainsi, lorsque l’onomatopée est notée quelque part, elle représente à la fois le son, mais décrit aussi l’action.

Au final, le son, bien que non présent physiquement, est très important dans la bande dessinée, à tel point qu’il y a assez peu de bande dessinée sans aucun « son ». À ce propos, les éditions Marvel Comics ont lancé en février 2002 l’Event « Nuff Said », dans lequel, 24 séries se sont prêtées au jeu de faire un chapitre sans dialogue, ni légende. Toutefois, les éditions Marvel se sont senties obligées de mettre, à la fin de chaque chapitre, l’explication de ce qu’il s’était passé dedans. Comme si le lecteur ne pouvait pas comprendre si il n’y avait pas de « son ». Cette importance cruciale se retrouve aussi dans l’industrie du manga, aujourd’hui. Car, chez la plupart des mangaka, l’onomatopée fait partie intégrante du dessin, comme on peut le voir ici.

Figure 5 : Tite Kubo. Bleach, tome 71. Tōkyō, Shūesha, 2016. p. 87.

C’est tout pour aujourd’hui ! On se retrouve dans deux semaines pour la suite qui traitera de l’importance du lecteur !

 


1 Comment

Adeline · 6 août 2017 à 20 h 10 min

Très bonne chronique ! Très intéressante !

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