Lucky Luke – Choco Boys

Lucky Luke – Choco Boys

Quand on se lance dans un Lucky Luke hors-série, il y a toujours un peu d’expectative : cela va-t-il nous donner du très bon ou de l’anecdotique? Mathieu Bonhomme ayant mis la barre très haut et après un Lucky Luke se Recycle très moyen, Choco-Boys me faisait de l’œil.

L’Ouest. Lucky Luke vient pointer à Pôle Emploi pour une petite mission d’intérim bien tranquille, à savoir garder quelques vaches. Après tout, c’est le taff d’un cow-boy de garder des vaches. Sauf que ces cinq vaches, convoyées en train par Calamity Jane, viennent de Suisse, sont mauves et destinées à la production de chocolat. Dans le même temps, Luke va prendre la défense de Buddy, un cow-boy « salopette », de retour de Bareback Mountain.

V

ous l’aurez compris, on va parler d’homophobie. Et c’est un point qui devait être traité dans un Lucky Luke, l’éternel cow-boy célibataire. Si la question de sa sexualité a bien déjà été évoquée [notamment par Bonhomme. Ré-écoutez notre excellent podcast], celle de son homo ou bi-sexualité ne l’avait jamais été. Du moins en dehors de forums internet ou de papotages dans un coin de librairie. Et ce qu’on peut dire, c’est que Ralf König nous propose un album super bien foutu. Son histoire tient la route, sans jamais porter de jugement, et en utilisant des dialogues ciselés. Je crois qu’il n’y a pas une page, si ce n’est pas à chaque case, où des références sont glissées subtilement… ou pas, d’ailleurs. J’ai adoré les références graveleuses et le manque de subtilité de certains jeux de mots [oui, j’aime les jeux de mots pourris, mais vous l’avez certainement déjà remarqué]. En plus des dialogues, König n’hésite pas à utiliser une partie des personnages secondaires emblématiques de l’univers de Lucky Luke : les Dalton et Calamity Jane. Là encore, pas de fioritures. Sans jamais le dire, on comprend bien ce que fait Jane quand elle retrouve sa copine indienne, qui lui fait écarter les cuisses dans l’herbe pendant que les vaches broutent. C’est le genre de subtilités dont je parlais. Sans être choquante, la BD nous parle d’acceptation et de tolérance, en utilisant l’humour et en allant même jusqu’à s’auto-parodier pour le final en mode western mélo.

Coté dessin, on est loin des canons de beauté habituels utilisés dans la série Lucky Luke classique. König a un trait résolument grossier et caricatural. Néanmoins, il maîtrise son style et sa narration. On est clairement dans de l’underground, graphiquement parlant aussi. Ce que je trouve excellent pour une BD grand public. Et puis, on voit les tétons de Lucky Luke, chose inédite! Le dernier à avoir outrepassé cet interdit bédéesque, c’était Batman avec Schumacher.

Soyons clairs, Choco-Boys est une pépite. Une BD écrite avec intelligence, humour et beaucoup de second degré. C’est un véritable concentré de ce que l’on attend d’une BD qui veut parler de l’homosexualité, sans jamais lever le voile sur les préférences de Luke, mais en disant au lecteur « Qu’est-ce qu’on en a à foutre? » À lire absolument.


 

 

  • Titre: Lucky Luke – Choco Boys
  • Broché : 64 pages
  • Editeur : Dargaud
  • Langue : Français
  • ISBN-13 : 9782884714891
  • Prix : 16€

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