Aucune tombe assez profonde
Après le merveilleux Middlewest il y a quelques années, le trio Skottie Young, Jorge Corona et Jean-François Beaulieu se réunit à nouveau sur un titre pour notre plus grand plaisir.
Ce titre, moitié moins long que Middlewest, est auto-contenu en cinq chapitres et va, avec le talent de ses auteurs, nous narrer une histoire tournant autour de la valeur de la vie, la peur de la mort, la rédemption et bien sûr l’amour.
Aucune tombe assez profonde, de son doux nom et de par sa couverture, fait grandement penser à ces westerns des années 90, et la promesse d’un univers de ce genre au crayon de Corona et Beaulieu ne fait que me réjouir.
C’est donc, comme je vous l’expliquais ci-dessus, que durant cinq chapitres, nous allons suivre Ryder, ancienne hors-la-loi crainte comme la mort, dans sa nouvelle vie. Une vie loin des règlements de compte, de la violence et de la brutalité. Une vie de famille qui va basculer très vite, lorsque la maladie la rattrape et que, sans surprise, la mort se présente à elle. Loin d’avoir dit son dernier mot, et surtout voulant profiter de sa fille et de son mari, elle va ressortir son chapeau, ses armes, et plutôt que d’aller attendre la mort, elle va l’affronter.
Direction Cypress.
Force est de constater le talent de Young, qui, en quelques pages, arrive, de par sa narration et le talent de ses deux compères, à créer des personnages sacrément humains, auxquels on arrive à s’attacher très rapidement. On voit en Ryder une femme forte, qui a dû se battre toute sa vie, mais qui, pour l’amour incommensurable de sa fille, n’est plus prête aux mêmes sacrifices que par le passé. Cependant, sa force de caractère, malgré sa nouvelle vie, est bien présente. Pour se donner une chance de rédemption, et éviter les erreurs du passé, elle va tout faire pour parvenir à ses fins, mais que voulez-vous, chassez le naturel, parfois il revient au galop.
Son conflit intérieur est un fil rouge durant toute cette aventure : fuir son passé pour espérer un meilleur avenir. La force de ce titre est sa narration majoritairement muette : Ryder parle peu, certains chapitres sont sans bulle et toute la narration se fait organiquement grâce à la partie graphique. Qui dit western, dit évidemment action, et on n’est pas en reste, justement grâce à la mise en avant graphique de la narration.
Les couleurs, la dynamique des dessins, tout joue en faveur d’un rythme parfaitement maîtrisé sans jamais tomber dans la facilité. Il n’y a que peu de texte par moment, mais comme ça fourmille de détails et d’idées, la lecture se fait d’une façon différente. C’est une véritable expérience narrative qui nous est proposée.
Ça se voit d’autant plus que le titre nous fait voyager entre le passé et le présent de Ryder sans que ce soit un problème. La fluidité de lecture, le rythme, sont parfaits. Un juste équilibre qui, comme sur Middlewest, est ici poussé à son paroxysme avec si peu de chapitres.
Malgré tout, cinq chapitres, c’est évidemment peu pour approfondir tous les personnages que l’on croise, mais c’est suffisant pour donner de la consistance à un univers riche et haut en couleur.
Aucune tombe assez profonde est un titre touchant, juste, et aussi court que la vie elle-même.
À découvrir absolument.
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