La Trilogie du Bronx – Intégrale

La Trilogie du Bronx – Intégrale

Je vous ai déjà parlé de mon admiration sans bornes pour le talent et l’œuvre de Will Eisner. Enfin, pour être tout à fait honnête, pour le Spirit, plus particulièrement. Je parle du comic, là, pas de la bouse filmographique réalisée par Frank Miller. Pour parler d’adaptation, il y avait eu un téléfilm en 1987, qui est bien mieux. Mais je digresse…

Je dois vous confesser avec honte que je n’avais jamais lu aucun des romans graphiques du Maître du roman graphique. Oui, je sais, je me suis flagellé pendant trois jours avant d’expier ma faute.

C’est donc chose faite, à présent, grâce à l’Intégrale de La Trilogie du Bronx. Rien à voir avec un film de Sergio Leone. Ce serait plutôt du Woody Allen. Cette trilogie contient donc, trois [on ne l’aurait jamais deviné] romans graphique se déroulant dans ce quartier de la grosse pomme dont était lui-même issu Will Eisner.

Un Pacte avec Dieu, le premier de tous les romans graphiques, suit la destinée de quatre habitants lambda du 55 Droopsie Avenue, immeuble cosmopolite, mais finalement surtout peuplé par la communauté juive. Que ce soit le protégé de Dieu, le chanteur de rue, le concierge ou tous ces résidents partis en vacances dans les Catskills, ce sont des chroniques de vie ordinaire.

Mais bon, des chroniques de vie ordinaire d’il y a très, très longtemps. Du coup, pas évident pour le (jeune) lecteur de pouvoir s’identifier à ces personnages aux destinées qui, finalement, parlent peu au millenials. Même les plus âgés [vieux?], s’ils arrivent à appréhender les questions afférentes à la vie dans les années… 40? 50? n’y retrouveront que le parfum de la blouse de leur grand-mère en train de préparer une soupe.

C’est un peu la même chose également pour les deux autres volumes de ce gros pavé : Jacob le Cafard et Dropsie Avenue. Là encore, nous assistons à des (més)aventures d’immigrés, souvent juifs, mais également irlandais, italiens, hispanos, etc… dans ce quartier du Bronx. Là où ces histoires flirtent avec l’intemporalité, c’est dans les relations extra-culturelles qui se nouent dans le quartier, vague après vague d’immigrants. Que ce soit la première moitié du 20ème siècle ou dans les années 2020, ça reste d’actualité.

L’intérêt de cette intégrale, outre historique et culturel, se trouve surtout dans la mise en page et les graphismes d’Eisner. Et là, c’est du grand Art. Oui, avec un A majuscule. On peut ne pas aimer le style d’Eisner. Ce trait caractéristique, aux contours épais et à l’aspect légèrement caricatural. Par contre, il est impossible de ne pas reconnaître son génie de la mise en pages. Les mots ont autant d’importance que les dessins, et s’intègrent parfaitement aux pages, en devenant une extension. Si vous avez lu notre chronique sur Les Clés de la Bande Dessinée, vous reconnaîtrez les propres enseignements d’Eisner, mis en pratique dans ces romans graphiques.

Vous l’aurez compris, cette Intégrale regroupe des monuments de l’histoire de la B.D, ayant donné au medium un nouvel élan qui a servi, entre autres, à le faire accepter par tous. Si, scénaristiquement parlant, le public visé s’avère, de nos jours, assez restreint, c’est néanmoins un monument du genre. Ne serais-ce que pour votre propre culture personnelle, c’est à lire absolument. Et n’ayez pas peur de l’épaisseur du pavé, ça se lit avec aisance et on le repose avec le sentiment d’avoir une meilleure compréhension de l’immigration new yorkaise du début du 20ème siècle. Et de l’Art Séquentiel.


  • Titre: La Trilogie du Bronx – Intégrale
  • Album: 544 pages
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 978-2-413-02496-5
  • Prix : 34,95€

 

HISTOIRE
75%
DESSIN
95%
COLORISATION
--%
CARACTÉRISATION
80%
AMBIANCE GLOBALE
95%

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