Lorsque j’ai vu sur le drive partagé de Chroniques Comics [oui, on fonctionne comme ça] le titre Marshall Law, gentiment mis à notre disposition par Urban Comics, je me suis dit : “Mais non! C’est pas possible!!!!”. J’ai lancé immédiatement le téléchargement et me suis jeté sur les volumes parus chez Zenda, bien rangés dans ma bibliothèque, dans un fol élan de nostalgie [et d’hystérie, je dois l’avouer]. Un téléchargement et un transfert vers mon iPad plus tard, voilà ce que ça donne.

Les héros sont partout. Après avoir servi dans la grande guerre, depuis leur création par le SHOCC, ils se sont ensuite multipliés dans les rues de San Futuro. San Futuro, c’est ce qui a émergé des ruines de San Francisco. Et cette ville est pourrie par cette gangrène que représentent les super-héros, tous ces gens avec des pouvoirs à la morale dépravée. Pour s’occuper d’eux, quoi de mieux qu’un ancien soldat, ancien super-héros lui-même? Un flic qui connaît les sales méthodes vicieuses des super-héros et n’hésite pas à employer les mêmes. Bardé de cuir noir et rouge, les mots PEUR & DÉGOÛT inscrits sur son costume, il traque les héros. Pour l’instant, il n’en a rencontré aucun.

Publié dans la collection Cult de chez Urban, ce volume mérite presque le nom d’intégrale, tant il est épais et bien fourni. Quelques aventures du Marshall sont manquantes (dont notamment sa rencontre avec The Mask ou Pinhead) mais la quintessence du personnage transparait tout au long de ce volume. Mais Marshall Law, qui est-ce?

Tout d’abord, c’est un flic. Aux méthodes, certes, peu conventionnelles, mais il faut bien ça pour appréhender les super-héros qui se croient au-dessus des lois. On le voit bien dans la première partie du volume qui suit l’enquête du Marshall, bien décidé à faire tomber le fils chéri de l’Amérique : l’Esprit Civique. Tout au long de ce récit (et des suivants), on assiste au combat de Marshall Law pour faire régner l’ordre dans une société où avoir des pouvoirs est devenu la norme, et où le statut social est déterminé par le degré des dits pouvoirs.

On rencontre donc, la Ligue de Jésus d’Amérique, avec à sa tête le susnommé Esprit Civique, sorte de clone de Superman et premier super-héros à avoir eu la capacité de voler.

 Là où le scénario de Pat Mills s’éloigne de la conception classique du super-héros, c’est dans les travers qui animent chacun de ces “héros”. En effet, quel que soit leur degré de pouvoirs, chacun d’eux est dirigé par ses propres intérêts, un peu comme le citoyen lambda que nous sommes tous. Le fric, le cul, le pouvoir ; voici ce qui motive tous les héros de San Futuro. Et c’est un jeu de qui aura la plus grosse qui  se joue entre eux, quels qu’ils soient.

Le Marshall, lui, est là pour empêcher tous ces tarés de faire n’importe quoi et faire passer un message : la loi c’est lui! Oui, un peu comme un certain Dredd dans une autre ville futuriste et avec lequel il partage le même prénom, Joe. Est-ce un hasard? Certainement pas! Créé en 1987, soit bien après Dredd, Marshall Law s’impose en pleine période de grim n’ gritty, là où tout le monde flingue tout le monde et où même Batman est limite méchant. Vêtu de cuir rouge et noir, un barbelé ceignant son bras, un masque bardé de fermetures éclairs lui couvrant le visage, il résume tous les codes BDSM rien que par son visuel. Mais ça résume aussi l’esprit torturé de Joe, passé de héros de guerre à “traitre à sa race”, un héros qui extermine les héros. C’est cette dualité et le sens aigu de la justice dont fait preuve le personnage qui sont intéressants. Contrairement à un Punisher, punissant simplement les méchants de la peine capitale, lui agit dans le cadre de la loi. S’il flingue quelqu’un, il en a le droit, mais seulement dans un cadre bien précis. Pouvant être comparé à un agent de la gestapo pour son aspect “nazi”, revendiqué et quelquefois cité dans le comic, Marshall Law agit cependant dans un cadre légal bien précis. Il a un sens de l’honneur et un code de conduite cadrés, un peu comme Dredd, pour revenir à lui.

Pour autant, si le Marshall est implacable, Joe a des sentiments. Son aventure avec Lynn, que dis-je, son histoire d’amour, le rend plus proche du commun des mortels. Plus faillible. Comme si son identité de Marshall Law n’était qu’un exutoire pour évacuer les horreurs qu’il a vécu en tant que soldat dans la zone. De super-héros Vétéran à chasseurs de capes, il a fait son choix et ce semblant de normalité lui apporte une paix certaine, un équilibre. Fragile et pouvant basculer à tout moment…

Marshall Law a un seul et unique dessinateur depuis toutes ces années, et au moins dans ce volume, Kevin O’Neill. Son trait hyper anguleux, aux noirs tranchés et qui pètent à la gueule est reconnaissable entre mille. Ni ses personnages, ni sa façon de dessiner, ne sont beaux. Mais ce n’est pas ce qu’on attend d’un comic comme Marshall Law. On veut de la violence, de l’aventure et de la satyre sociale! C’est ce que nous offre O’Neill. Sans une grande folie dans sa mise en pages, il nous fait profiter de planches dynamiques, ponctuées de splash pages posant le récit là où il faut. Le tandem Mills/O’Neill fonctionne bien sur ce titre, c’est une certitude. Ils ‘auraient pas duré depuis plus de 30 ans, sinon. J’émettrai juste un petit bémol sur la version presse qui nous a été fournie par Urban, sur laquelle les couleurs sont fades. À vérifier sur la version papier si la qualité est au rendez-vous.

Je vous parlais en préambule de ma version Zenda du Marshall. Si le grand format dans lequel elle avait été éditée est appréciable visuellement, cette version Urban est beaucoup plus exhaustive et propose bien, bien plus d’histoires, inédites en Français. Jetez-vous dessus, vous ne le regretterez pas. Pour ma part, j’attends un Tome 2 et le reste des aventures de Marshall Law avec impatience.


 

  • Titre : Marshall Law
  • Broché: 496 pages
  • Editeur : Urban Comics (26 Avril 2018)
  • Collection : Urban Cult
  • Langue : Français
  • ISBN-13:9782365779036
  • Prix : 35€

    
HISTOIRE
90%
   
DESSIN
90%
    
COLORISATION
85%
    
CARACTÉRISATION
90%
    
AMBIANCE GLOBALE
95%

Catégories : Reviews VF

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