Penchons-nous un peu sur L’Histoire des Super-Héros, avec un grand H, et de leur publication en France avec ce volume, cette encyclopédie, proposée par Jean-Michel Ferragatti et couvrant la période 1939-1961.

Je pensais, avant de commencer la lecture, que j’allais retrouver les illustrés de papa pour commencer. Eh bien non, ce sont plutôt les illustrés de papy. En effet, la publication dans l’hexagone du comic Superman a débuté en 1939, à peine plus de six mois après sa parution aux États-Unis. Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis ; on a gardé le même décalage.

Ce volume commence donc, logiquement, par un historique de l’apparition du super-héros aux États-Unis, Superman et ses auteurs en tête, suivis de près par Batman. Pour ne pas perdre le propos, en parallèle, sont listés les différents supports par lesquels ces héros passent en France. Mais ça ne s’arrête pas à nous fournir une bête liste de correspondance. L’auteur nous donne également des explications, autant sur le contexte éditorial que socio-politique : la seconde guerre mondiale passe par là…

Malgré la censure graphique, les modifications de texte passant par des traductions très approximatives, voire détournées, il apparaît que les comics étaient bien intégrés durant cet age d’or, au même titre que la bande dessinée Franco-Belge. Les parutions ont donc continué dans notre beau pays.

Un des chapitres, un peu court mais suffisamment explicite, se penche sur la fameuse loi de 1949 sur la protection de la jeunesse, exemples à l’appui. C’est là que l’on peut constater les modifications importantes qui étaient faites sur les planches originales. Comme quoi, la France n’a pas eu besoin de Wertham et a pris les devants cinq ans avant la parution de Seduction of the Innocent pour « protéger » sa jeunesse…

L’un des points forts de cette encyclopédie est sa documentation fournie. Ce sont des pages entières de publications d’époque qui sont reproduites et souvent soumises à la comparaison VO/VF. Force est de constater que ce procédé est extrêmement instructif, tant au niveau du texte que de l’image.

Instructifs également sont les commentaires et explications de l’auteur. Comme je le disais, ce n’est pas un simple listing des parutions, mais toute une ère de la publication de comics qui ressurgit. Non content de nommer les super-héros, il résume l’essentiel de leurs origines, aventures et déboires éditoriaux. Et c’est justement ce que l’on attend de ce genre d’ouvrage, connaître la petite histoire derrière la grande. Savoir comment et pourquoi les héros masqués avaient le visage découvert en France ? Pourquoi Superman a-t-il été renommé Yordi ? Pourquoi Blue Beetle était colorisé en rouge ? [Non, ce n’est pas parce que le traducteur était mauvais. Pas uniquement du moins] Et j’en passe, car la somme d’informations est trop importante pour pouvoir la résumer ici. Tellement importante que, à l’instar de Céline Balzani, auteur de la postface, je vous conseillerais de ne pas lire l’ouvrage d’une traite. Allez plutôt picorer des infos par-ci par-là pour en apprécier la substance à sa juste valeur.

On termine le volume par, cette fois-ci, les illustrés de papa et la période présentant les petits formats en noir et blanc qui ont perduré bien après 1961. Cow-boys et science-fiction prennent peu à peu le pas sur les hommes volants. Mais cet age d’argent de la publication en France sera (on l’espère) évoqué dans le Tome 2.

Jean-Michel Ferragatti nous livre avec L’Histoire des super-héros une véritable déclaration d’amour à ces publications méconnues, voire oubliées, dans notre pays. Si la génération Strange a fait du paysage super-héroïque/comixologique ce qu’il est aujourd’hui, il est toujours bon de se remémorer les débuts, pas si évidents mais paradoxalement moins compliqués, de ces publications en France.


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