Bonjour et bienvenue à tous dans les Dossiers de GL ! Cette semaine, je vous propose la fin de l’article, commencée le mois dernier, sur le son dans la bande dessinée/comics/manga ; qui s’attardera sur les jeux liés au son dans ce média !

Au fil du temps, les dessinateurs ont tenté de nouvelles choses afin de donner encore plus d’importance au son. Ce dernier n’a parfois pour intérêt que d’insister sur une image, et de lui donner du dynamisme. L’onomatopée peut aussi, comme dit plus tôt, reprendre un verbe pour ne laisser aucun doute sur ce qui se passe.

Image 9 : Exemple de dynamisme donné par une onomatopée « dispensable »
Astérix et Obélix, René Goscinny et Albert Uderzo.

Cependant, les onomatopées peuvent aussi permettre de traduire quelque chose qui ne serait pas visible, comme une action se déroulant en hors champ, ou bien un bruit hors du commun, important pour la compréhension, mais impossible à mettre en bulle. On peut remarquer dans l’image 10 que le droïde R2-D2 répond à Luke Skywalker : sans l’onomatopée, le lecteur serait dans l’impossibilité de voir cet échange entre les deux protagonistes. Dans l’image 11, le « ZXXXZZZT » exprime au lecteur qu’un coup de sabre laser a été donné. Le son permet ici d’exprimer quelque chose qui n’est pas visuellement montré, laissant ainsi le lecteur imaginer la scène.

Image 10 : Star Wars 001 (2015) édité par Marvel Comics

 

 

 

Image 11 : Flash Gordon 001 (2015) édité par King Comics.

Certains dessinateurs se sont même amusé à jouer avec l’orthographe des mots pour noter le fait qu’un personnage ne parle pas bien la langue, comme pour imiter un accent. Comme les dialogues remplis de « Yah » à la place des « You » dans Jonah Hex, ou comme ici, l’accent russe de Pavel Chekov dans la série de comics Star Trek éditée chez IDW Publishing.

Image 12 : Chekov appelle ses supérieurs « Keptin », et « Meester »,
car il ne prononce pas très bien les mots anglais.

Mais plus que n’être qu’un son général, imitant un accent commun, le son peut aussi devenir une forme de signature d’un personnage. Comme la voix d’un acteur peut être reconnaissable très rapidement.

Utiliser une police particulière, ou une forme de phylactère spécifique permet de donner l’impression d’une voix hors du commun. Dans l’univers de Batman, par exemple, la police d’écriture particulière du Joker (la « CC Shout Out »), que lui seul utilise, permet de savoir que c’est lui qui parle, même quand on ne le voit pas. Idem pour la police d’écriture spécifiques à Loser dansle manga Dimension W, qui est accentué par des phylactères qui lui sont propres.

Image 13 : Une arrivée spectaculaire du Joker, grâce à sa « voix » particulière,
dans Batman (vol.2) 013, pages 4 et 5 (2013).

Des bruitages peuvent aussi devenir représentatif d’un personnage, comme chez Marvel Comics, le « Bamf! » de la téléportation de Diablo, le « Thwiip » du tissage de toile de Spider-man, ou encore le « Snikt! » des griffes de Wolverine (ce dernier est d’ailleurs devenu une marque déposée par la maison d’édition Marvel).

Qui plus est, le manque physique de son permet des choses qu’on ne pourrait pas faire au cinéma, ou dans un jeu vidéo, comme des gags.

Image 14 : Image tirée d’All-New X-Men 024, page 05 (2014)

Ici, on peut voir Angela discuter avec un personnage par communicateur. Lorsque la voix du communicateur lui demande de l’épouser, le lecteur pense alors naturellement qu’il s’agit du personnage de Rocket Raccoon (car il la drague depuis leur rencontre). Cependant, on apprend dans l’avant dernière bulle que c’était en fait Gamora qui parlait. Ce gag serait impossible dans un autre média, car la voix du personnage aurait été reconnaissable dès le début, et bien avant la chute.

De même, l’arrivée d’un personnage emblématique peut être mise en scène d’une page à l’autre, là où dans les autres médias, elle aurait été gâchée par l’entente de la voix du-dit personnage. Ici, sur la page 19, un personnage non visible répond à Deathstroke et à Victor, mais le lecteur ignore de qui il s’agit, jusqu’à ce qu’il tourne la page, pour découvrir qu’il s’agit de Red Hood.

Image 15 : Deathstroke (vol.3) 015,
pages 19 et 20 (2016)

Ainsi, on peut noter que le son dans la bande dessinée est un jeu habilement mené entre le dessinateur et le lecteur. En effet, chaque son mis à l’écrit par l’auteur devra être compris par le lecteur, sous peine de passer complètement à côté de ce qu’il voulait dire. Il existe quelque cas particulier, où l’œuvre est adapté dans d’autres médias (les séries animées, par exemple) ; mais dans ce cas, le son est généralement réalisé sous la direction des créateurs de la série originale. À partir de ce moment, le lecteur aura ainsi un son de référence. Comme la voix d’un personnage, dans des bandes dessinées tirées d’un film, d’un dessin animé, etc… Mais ça, c’est un autre sujet. Il est tout de même amusant de remarquer l’importance incroyable du son dans la bande dessinée, alors qu’il n’y en a, en apparence, pas !

On se retrouve dans deux semaines pour un tout nouveau sujet !


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