Bonjour et bienvenue à tous dans les Dossiers de GL ! Cette semaine, nous allons observer la question de l’arrivée de nouveaux objets culturels ainsi que leur réception, tout en questionnant le sujet du « fan ».

Aujourd’hui, et ce de plus en plus avec la tendance grandissante de la culture populaire dite « culture geek », il y a une certaine « envie de communiquer à l’unisson et de laisser entrer les héros des temps modernes dans notre quotidien », comme a pu le dire Jean-Pierre Esquenazi dans son livre Mythologie des séries télé. Cette attitude accentue le besoin de vouloir une « véritable histoire » à laquelle s’en tenir, lorsqu’il s’agit de fiction. Les lecteurs ou spectateurs ont ainsi cette nécessité de s’attacher à une forme de « vrai » là où tout est inventé ; de vouloir une part de vérité dans ce qu’ils savent totalement faux. Pour reprendre les mots de Tzvetan Todorov, lorsqu’une personne lit une fiction, elle a besoin de se dire « “J’en vins presque à croire” : voilà la formule qui résume l’esprit [de la fiction]. La foi absolue comme l’incrédulité totale nous mèneraient hors du [fictif] ; c’est l’hésitation qui lui donne vie. » (Je me réapproprie sa phrase, ici : Todorov parle, lui, de « fantastique » et non de « fiction » ; mais cela fonctionne parfaitement avec le sujet). En vérité, croire qu’une fiction a des faits « réels » et de « fausses légendes » lui retire tout intérêt ; tout comme rejeter la possibilité que des faits puissent être probables : pour que la fiction existe, il faut savoir que tout est faux tout en cherchant à croire qu’une histoire a pu exister.

Cette recherche de vérité et d’histoire bien documentée est nécessaire pour créer une culture autour d’un objet populaire. Si l’on n’a aucun point d’accroche tangible, la discussion devient compliquée ; et l’attachement populaire qui se crée autour des personnages ou des lieux fictifs en deviendra forcément moindre. En effet, pour qu’un objet culturel devienne célèbre, il faut qu’une majorité de personnes le connaissent, se regroupent autour de celui-ci et en parlent entre elles. Bien entendu, comme dit dans le Dossier sur « L’imaginaire collectif et le mythe », cette passion se forme beaucoup plus autour des films, qu’autour des autres médias ; et bien souvent, plus autour des séries et des jeux vidéo qu’autour des comics. Plusieurs éléments rentrent en compte pour qu’une œuvre devienne un objet culturel, que ce soit l’actualité environnante, l’engouement collectif pour un sujet donné, les modes actuelles, etc. Marcel Thaon dit d’ailleurs (dans Science-fiction et psychanalyse. L’imaginaire social de la S.F.) que « des conditions historiques et psycho-sociales particulières sont nécessaires à la transformation d’une création d’un écrivain en fait de culture organisateur groupal ».

Ces passions pour les objets culturels, ainsi que la culture geek croissante, mènent à un terme assez important, qui est celui de « fan ». Le fan est un « admirateur enthousiaste », une personne « passionné de quelqu’un [ou] de quelque chose » (selon le Larousse). Le terme est souvent utilisé de manière péjorative – il laisse en effet entendre une certaine valeur négative – mais il faut aussi coller au terme de « fan » une forme de « stratégie identitaire » (comme le dit Olivier Vahnée dans La Bande dessinée : une médiaculture), de légitimité auprès des autres via un objet culturel. Mais comme le dit Christian Le Bart dans sa réflexion sur le fan, on peut tout autant voir, chez le fan, « de la différenciation, de la singularisation, de la distinction. [Alors qu’en] creux se [dessinent] les figures inverses (et honteuses) de l’imitation, de la dépersonnalisation, de l’aliénation (nous parlerons pour notre part de dé-différenciation). ».

Christian Le Bart observe et définit alors trois étapes caractéristiques chez le fan. Une première étape de différenciation par rapport à un groupe donné (principalement par rapport au groupe familial), qui apparaît grâce à une pratique singularisante : une personne va se différencier des autres en appréciant quelque chose qu’ils n’aiment pas. Après cela vient une seconde étape, celle de la « dé-différenciation » grâce à la rencontre avec des semblables : le fan rencontre un groupe de personnes ayant la ou les mêmes passions que lui et devient, de ce fait, similaire aux autres. Le fan cherchera alors à ressembler à ses semblables, à connaître la même chose qu’eux, etc. Enfin, la troisième étape, celle d’une nouvelle distinction, mais cette fois-ci, vis-à-vis de ses semblables. Le fan va chercher à se différencier des autres fans, en se tournant vers ce que les autres ne connaissent pas, pour être le premier à l’avoir découvert, et pour être celui qui apprendra aux autres l’existence d’une nouveauté.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! On se retrouve dans deux semaines pour la suite de ce sujet !

Catégories : Dossiers de GL

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