Une fois n’est pas coutume, on va parler mainstream. Et pas n’importe quel mainstream, du mainstream Franco-Belge! Quoi!!? Vous entends-je crier de derrière mon clavier. Chroniques Comics aurait pété les plombs, fondu un fusible, perdu pied, pédalerait dans la choucroute? Que nenni. On vous avait promis des nouveautés et des surprises : en voici une. Bon, pour ne pas dérouter tout le monde, on va partir dans l’Ouest Américain, patrie des cow-boys, car Jolly Jumper ne répond plus.

Lucky Luke est dans le pétrin : son fidèle compagnon de toujours, Jolly Jumper, refuse de lui parler. Et c’est pas faute d’essayer d’entamer la discussion avec lui, de prendre en compte ses envies. Rien n’y fait. Et les choses ne vont pas s’arranger parce que Ma Dalton a été capturée, et que Luke doit escorter les Dalton pour la délivrer. Ce singulier équipage va sillonner les plaines de l’Ouest pour atteindre son but et, au passage, réconcilier Lucky Luke et sa monture.

Bon, comment dire? Si vous ne connaissez rien à Lucky Luke, vous ne comprendrez pas grand-chose au scénario, qui tourne en dérision toutes les ficelles classiques utilisées dans la série régulière. En effet, Guillaume Bouzard prend le contre-pied total de tout ce qui fait une aventure de l’homme qui tire plus vite que son ombre (renommé pour l’occasion l’homme qui a eu l’idée de tirer sur son ombre). Parce que, oui, un cow-boy solitaire qui parle à son cheval, ce serait presque normal. Mais qu’il soit persuadé que son cheval lui répond, c’est quand même plus grave. Du coup, un peu comme certains des personnages du volume, on se demande si Luke n’aurait pas un grain.

Cette relation entre Luke et Jolly, l’auteur la traite comme le ferait un conseiller conjugal. Il la compare à une relation de couple tombée dans l’ennui, la routine. Et c’est à se tordre de rire! Du coup, pour “ réveiller la flamme ”, Luke est prêt à tous les compromis, allant jusqu’à changer de garde-robe! Cela entraîne d’ailleurs des quiproquos à la chaîne dans le pénitencier où il doit récupérer les Dalton.

Les Dalton, parlons-en. Là encore, Bouzard a un regard satirique sur la fratrie, allant jusqu’à interchanger Jack et William car, de toute façon, tout le monde les confond et qu’ils ne sont pas très importants. Suite logique des événements, Averell est devenu obèse à cause de sa propension à s’empiffrer. Joe, quant à lui, veut toujours tuer Luke, mais lorsque l’occasion se présente, il n’y arrive pas. C’est un peu l’image de la “ panne ” sexuelle qui s’impose à ce moment.

L’un dans l’autre, toute la mythologie autour de Lucky Luke est systématiquement démontée, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le dessin, assuré également par Bouzard, est moche de prime abord. Enfin, disons plutôt qu’il ne correspond pas aux standards auxquels la B.D nous a habitués. Mais avec un scénario aussi décalé, ça passe sans souci, au point où on en vient à le reléguer au second plan. Là où c’est fort, c’est que le titre est publié par Dargaud, la vraie maison d’édition de Lucky Luke! Comme quoi ils ne sont pas dénués d’humour.

Après une première digression avec l’album L’homme qui tua Lucky Luke, [dont je ne vous ai pas parlé, mais dont la lecture est in-dis-pen-sable : attention, chef d’œuvre], Dargaud récidive avec cette nouvelle itération. Complètement cinglé, ce volume est tellement hors des sentiers battus que je ne pouvais pas ne pas vous en parler. Si vous avez quitté le cow-boy le plus rapide à l’ouest du Pécos depuis votre enfance, ce traitement adulte et corrosif de ses aventures devrait vous permettre de le voir avec un œil nouveau.


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