Jenny Finn – Tome 1

Delcourt poursuit ses rééditions des œuvres de Mike Mignola avec, aujourd’hui, Jenny Finn qui nous est proposé dans une édition augmentée avec de nouvelles couleurs et un carnet de croquis complémentaire en fin de volume.

 

Dans le Londres de l’époque Victorienne, entre la crasse, les travailleurs de somme et les putains, un tueur en série œuvre. Ce n’est pas le fameux Jack, éventreur de son état, mais un écorcheur, qui dépèce ses victimes, leur mettant les tripes à l’air. Joe, un solide gaillard au cœur pur qui traîne dans les bas-fonds, se sent chargé d’une mission divine lorsqu’il voit une toute jeune fille traverser les quartiers sordides de la City : Jenny Finn. En preux chevalier servant, il veut absolument la protéger. Et il aura du boulot, vu qu’un vieux fou avec un sabre de pirate s’est mis en tête de la tuer.

 

Mike Mignola ne se charge que du scénario sur ce volume. Il nous entraîne, une fois de plus, dans son univers si particulier en poussant le bouchon encore plus loin que d’habitude. Son bestiaire fantastique se voit donc adjoindre une sorte de Kraken hybride pouvant se déplacer sur la terre ferme et laissant dans son sillage de nouveaux appendices poissonesques et calamariens sur ceux qui croisent son chemin. Si la référence à Lovecraft et Cthulhu est évidente, le Davy Jones de la saga Pirates des Caraïbes a également un vrai lien de parenté avec jenny. Sauf que le film est sorti après le comic. Doit-on y voir une influence sur la saga cinématographique?

Le scénario, en lui-même, suit finalement le schéma d’une enquête policière, jouant avec les faux-semblants et ne rejetant à aucun moment l’aspect fantastique, limite horreur, du concept. Si quelques raccourcis scénaristiques plombent un peu la compréhension, ils ont le bénéfice de faire avancer l’histoire rapidement, permettant au lecteur de ne pas s’embrouiller entre les personnages.

 

Parlons-en, d’ailleurs, des personnages! J’aime beaucoup ce que fait Mignola, mais s’il avait dessiné l’histoire, le résultat aurait été différent. Troy Nixey donne à ses personnages de vraies “gueules”. Ils sont tous moches, difformes, se rapprochant d’une esthétique proche du Freaks de Tod Browning. Ce dessin, déformé mais toujours harmonieux dans sa représentation de la laideur, fait également de la ville de Londres un personnage à part entière, faisant planer une aura sombre et déglinguée sur le récit. Même si la dernière partie du récit nous propose un dessinateur différent, Farel Dalrymple, celui-ci fait son possible pour garder une certaine harmonie avec les chapitres précédents. Ça ne gâche donc pas la conclusion, mais ça en minimise certainement l’impact.

 

Alors que l’édition de 2009 était en noir & blanc, celle de 2019 nous propose une histoire mise en couleurs par Dave Stewart. Comme expliqué en post face, cette histoire a toujours été prévue pour être publiée en couleurs et Stewart réussit à restituer l’ambiance Victorienne par la palette utilisée. Le tout sans jamais dénaturer le dessin ou donner une impression de surcharge.

 

Cette B.D ne fait pas son âge et pourrait tout à fait être sortie cette année. Cette intemporalité est un véritable gage de qualité je dois avouer que je suis heureux d’avoir pu la découvrir ainsi, qui plus est en couleurs. À lire bien au chaud sur son canap’ pendant que la neige tombe. Ben quoi, c’est de saison, non?

 

 


 

  • Titre: Jenny Finn
  • Broché : 94 pages
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Langue : Français
  • ISBN-13 : 978-2-4130-0903-0
  • Prix : 15.95€
 

    
HISTOIRE
80%
   
DESSIN
85%
    
COLORISATION
90%
    
CARACTÉRISATION
85%
    
AMBIANCE GLOBALE
80%