Le 21ème Paris Manga et Sci-Fi Show a été pour moi l’occasion de rencontrer une légende des comics, et l’un des membres de mon panthéon personnel : Simon Bisley. Le temps que nous avons passé ensemble à plaisanter mis à part, nous avons néanmoins eu un entretien sans langue de bois, bourré d’humour et d’auto-dérision.

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CC : Votre style graphique est très particulier et vous pouvez assurer tout autant le dessin, l’encrage que la peinture. Qu’est-ce que vous préférez faire parmi les trois ?

SB : J’aime les trois, tous les médiums et tous les styles. Tout dépend surtout du sujet. Lorsque je me rends à des conventions je préfère utiliser des crayons et de l’encre de chine car ça couvre une palette plus large, me permettant d’utiliser plus d’effets, de façon plus efficace.

CC : Et lorsque vous êtes chez vous ?

SB : Ne rien faire, tout simplement [rires]

CC : Si vous deviez citer des modèles ou des artistes vous ayant influencé, ce serait qui ? Plutôt des artistes de comic books ou des peintres classiques ?

SB : Je pourrais citer Barry Windsor-Smith, John Buscema, Frank Frazetta, mais également des artistes classiques comme Michel-Ange, Dali, etc. En fait tous ceux qui me parlent et ont [dans leur œuvre] quelque chose que je trouve intéressant.

CC : Savez-vous quelle série vous a fait connaître en France ?

SB : Je pense que c’est ABC Warriors. Mais je sais également que certaines des histoires que j’ai dessinées sont parues dans l’édition Française de Heavy Metal (Métal Hurlant). Je pense donc que le public Français m’a connu grâce à ce magazine. Grâce à Slaine et Dredd, également.

CC : Justement, auriez-vous eu envie de continuer à travailler sur Dredd ?

SB : Oui, j’adore dessiner Dredd. Il est très facile à dessiner, car vous n’avez pas à dessiner son nez ni ses yeux. Vous avez juste à ajouter un reflet sur son casque et son nom sur son badge. C’est très intéressant à dessiner.

CC : Parlons un peu de Lobo. Vous avez complètement défini graphiquement le personnage de biker de l’espace. Quel pourcentage de vous, de votre personnalité, avez-vous inséré dans le personnage ?

SB : La totalité [rires]. Et surtout le sens de l’humour. Mais également la loyauté et le grand sens de l’honneur. Par contre je ne suis pas un meurtrier, c’est là que réside la différence [rires]

bisley-02-4e7689fCC : En êtes-vous sûr ?

SB : J’en suis sûr, même si je n’arrive pas à me souvenir de la dernière fois où j’ai tué quelqu’un [rires]

CC : Vous êtes revenu sur Lobo quasiment 20 ans après vos débuts avec Lobo-Authority. Qu’est-ce qui a changé ?

SB : En fait, Lobo est mort avec moi. Lorsque j’ai quitté le personnage, il n’existait plus vraiment. Il n’était plus vraiment dessiné pareil. Du coup, pour Lobo/Authority on me disait comment dessiner ses cheveux, ce à quoi il devait ressembler, de faire ci et ça. Au départ je dessinais Lobo comme je voulais. C’est la façon dont je l’ai conçu qui l’a rendu populaire. Et on me dit ensuite comment je devrais le dessiner, ce que je devrais faire. Lorsque je le dessinais, au début, avec Alan Grant au scénario, et Keith Giffen, on faisait juste ce dont on avait envie, tous ces trucs fous. Personne ne surveillait ce qu’on faisait. Trop de règles ont ensuite été introduites, au détriment de l’humour. C’est un personnage plus axé sur l’humour que sur le sang et la mort. Maintenant, il n’y a plus que du sang et de la mort, l’humour a totalement disparu.

CC : Que pensez-vous du nouveau look du personnage après son reboot N52 ?

SB : Ce n’est pas Lobo. C’est une blague. C’est de la merde. Ce n’est pas marrant. Le scénariste ne l’a pas rendu marrant. Et le fait de décapiter Lobo n’était pas malin, il aurait pu trouver quelque chose de plus intelligent à faire. C’est écrit de façon ennuyeuse. Leur but a juste été de détruire l’original de façon à le réinstaller dans leur nouvelle mouture.

CC : Vous seriez ne seriez donc pas prêt à travailler dessus ?

SB : Non, la série a été annulée parce que c’est de la merde. Mais bon, j’ai fait des merdes également [rires].

CC : Pour Slaine, une fois encore, le personnage est ultra-violent. Appréciez-vous de dessiner des personnages violents ?

SB : Nous pouvons tous être violents. J’aime le mouvement. Et le mouvement, le rythme, est exacerbé dans la violence. Dans la vie réelle la violence est quelque chose de terrible. J’aime dessiner des choses violentes, mais je ne peux pas expliquer pourquoi. Lorsque je dessine des barbares, c’est ce qu’ils font. Ce sont des gens violents dans un monde violent.

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CC : Est-ce une façon pour vous d’exorciser votre propre violence ?

SB : Probablement. Ça doit être une explication. Je suis plein d’énergie et ça doit s’extérioriser d’une façon ou l’autre. Toutes les émotions doivent transparaître dans un comic, et pas que la violence, la joie également. Et c’est cette énergie que j’insuffle à mon travail.

CC : Vous êtes également connu pour vos peintures, qui se vendent plutôt bien. Arrivez-vous à vivre de vos peintures ou des comics ?

SB : On ne se fait pas beaucoup d’argent dans les comics. Je m’éclate à dessiner des personnages comme Batman ou Lobo, mais ça ne rapporte pas beaucoup d’argent.

CC : Pourrons-nous bientôt revoir des comics signés Biz ?

SB : Il y a quelques trucs de prévus dont je ne peux pas parler. Il y a toujours quelque chose de prévu. Mais je peux vous parler d’ABC Warriors, dont une nouvelle série va sortir.

CC : Qui est le scénariste ?

SB : C’est toujours Pat Mills. On est restés en contact et on s’est dit que, vingt-cinq ans après, ce serait bien de ressortir une histoire. Le temps avançant, c’est peut-être la dernière fois que j’ai l’occasion de les redessiner. En faisant une histoire tous les vingt-cinq ans, vu que j’ai cinquante ans à présent, j’en aurai soixante-quinze la prochaine fois.

CC : Vous avez donc une vision à long terme ?

SB : J’ai besoin de prévoir ce que je vais faire, année après année, avant de mourir.

Je ne vais pas arrêter de faire des comics, mais je vais surtout me concentrer sur la peinture. Pas forcément des Picasso ou des natures mortes, mais ce que j’ai envie de faire vraiment. Je vise à atteindre une certaine perfection.

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Catégories : Interviews

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