C’est lors du TGS Springbreak que nous avons pu nous entretenir avec Humberto Ramos, artiste connu pour ses travaux chez DC Comics sur la série Impulse, The Spectacular Spider-Man , The Amazing Spider-Man chez Marvel, il est également l’auteur du creator-owned paru chez Image comics, Crimson mais aussi Out There et Fairy Quest.

ChroniquesComics : Je vous ai personnellement découvert sur Out there et Crimson lors de mes jeunes années.Ce fut un véritable coup de cœur pour moi et depuis je suis attentivement vos travaux. Vous voir passer sur Spidey et ensuite X-Men fait de moi un enfant le jour de Noël!!

Comment passe-t-on d’une série Indé, comme Crimson ou Out There, à des grands super héros comme Spidey ou Les X-Men?

Humberto Ramos : En fait, c’était dans l’autre sens. J’ai d’abord commencé à travailler pour des gros projets DC et c’est seulement ensuite, quand mon travail pour Impulse a été reconnu, que j’ai pu avoir l’occasion de travailler sur Crimson. Je n’aurais pas pu si je ne m’étais pas fait un nom en travaillant sur les comics de super-héros. Ensuite j’ai fait Crimson et Out There, parce que j’étais déjà établi comme auteur. Partir des héros mainstream pour aller vers les indépendants, les créations d’auteurs, a beaucoup aidé. Et il y a des gens qui sont suffisamment bons pour faire les choses dans l’autre sens, mais ce n’est pas mon cas. J’aurais bien aimé, mais non.

CC : Est-ce que vous avez eu le choix ?

HR : La plupart du temps, ils te proposent le livre sur lequel tu vas travailler, c’est eux qui décident. Parfois, quand tu es assez connu et que tu as un public qui te suit, et que les gens achètent les livres parce que tu es celui qui les dessine. Parfois ils te laissent choisir, comme avec Spider-Man, dont j’étais fan depuis mon enfance. J’avais déjà travaillé pour Marvel par intermittence, et cette fois là, j’y suis retourné après avoir travaillé sur le premier tome de Fairy Quest. Ils m’ont demandé ce que j’aurais aimé faire, et j’ai dit Spider-Man, mais ça n’arrive pas tous les jours. La plupart du temps ce sont eux qui décident, et tu as le choix d’accepter ou de refuser, mais c’est eux qui te proposent.

CC : Votre style est très vivant, il colle parfaitement au personnage de Spidey. Pour être honnête lorsque vous avez été annoncé sur les X-Men j’étais très heureux, mais à la fois inquiet, car il s’agit d’une série d’équipe. Comment passe-t-on d’un perso solo a une team? Est-ce que, comme je le vois en tant que lecteur, il y a une différence pour vous pour donner vie à ces personnages?

HR : C’est assez difficile de faire un livre sur une équipe, c’est beaucoup de travail. Tu dois faire attention au fait que six ou sept personnages apparaissent dans chaque case, actifs ou non, mais ils doivent être tous là pour la continuité. Et ça prend donc énormément de temps de dessiner tous ces persos, dans chaque case de chaque page, et ça peut être très difficile si on ne s’y attend pas.

CC : En parlant de personnage avec «vos séries» et je pense notamment à Fairy Quest. Ici, en France, la publication est plutôt en format album, loin des standards de comics book. Cela change-t-il quelque chose en termes de travail?

HR : Au départ, Fairy Quest était conçu comme une bande dessinée. L’idée était d’être publié par Soleil dès le départ. Ça n’a pas marché. En étant poli, ça n’a pas marché. Et donc j’avais un livre fini, et pas d’éditeur. J’ai décidé de faire marche arrière et de le publier moi même en édition limitée. Et soudain, les gens ont commencé à réagir de façon positive, et on a commencé à être approchés à nouveau par des éditeurs parce que les gens aimaient le livre. Et nous avons passé des accords avec Glénat, ici en France, et Boom Studios aux États-Unis pour imprimer le livre pour un public plus large.

CC : D’ailleurs, à titre personnel je suis extrêmement fan de cette BD. Le Tome 3 sera-t-il publié en financement participatif? Cela vous permet-il plus de liberté ?IMG_9464

HR : Non. Il n’y aura pas de troisième livre. Fairy Quest a été le meilleur mais aussi le pire travail qu’il m’ait été donné de faire dans ma carrière. C’est la façon dont je peux le décrire. Parce que c’était conçu comme une belle idée pour réunir des lecteurs de tous horizons, pas juste les fans de super-héros mais aussi des enfants, et des amoureux de contes de fées. C’était l’objectif : produire un livre qui aurait plu à tous. On y est plus ou moins parvenu, mais c’est la seule chose positive. Tout le reste a été un cauchemar, et si vous voulez blâmer quelqu’un, blâmez-moi, parce que je suis celui qui ne veut pas que le livre continue. Parce que ça fait vraiment mal de produire ce livre. Je suis désolé, ça n’arrivera pas, et j’ai vraiment fait de mon mieux pour que ça marche, même quand tout tournait mal en arrière plan, disons, mais on en est venu à un point où le jeu n’en valait plus la chandelle. Et le crowdfunding n’est pas une solution. Ce n’était pas l’idée du siècle dès le départ, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ça n’arrivera pas.

CC : Avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ?

HR : Vous savez, Marvel me garde très occupé, et les conventions aussi. J’en fais de plus en plus depuis ces trois dernières années, et ça veut dire que j’ai moins de temps libre. Quand je vais en convention, c’est du temps que je n’ai pas pour travailler chez moi. Quand je rentre, je dois continuer à faire mes 20 pages en plus de rattraper le temps où je n’ai pas travaillé. Ça ne me laisse vraiment pas beaucoup de temps pour travailler sur des projets additionnels personnels, mais j’ai une idée en cours, et la chose que je peux vous dire c’est que j’adore les théories du complot, et ce sera à propos de ça.

CC : Encore une petite question et je vous libère à vos fans, quel est le personnage sur lequel vous n’avez jamais travaillé et que vous souhaiteriez faire passer sous vos crayons?

HR : Je suis un enfant de Marvel et j’adore Marvel, et quasiment n’importe quel personnage qu’ils pourraient me proposer, je suis ravi de travailler dessus, mais je n’ai pas l’impression de rater quoi que ce soit. Certaines personnes décident, à un moment, de choisir, mais pas moi. Bien sûr, si D.C me proposait de faire Batman, je le ferais. Personne ne refuserait. Mais je n’ai pas l’impression de rater de personnage que j’adorerais dessiner. J’adore Spider-Man et je l’ai dessiné, et je suis prêt à reprendre à un moment donné, rien ne presse. Beaucoup de choses se sont produites en arrière plan, que les fans ne savent pas, mais une des choses que j’adore à propos de Spider-Man, en dehors du personnage en lui-même, c’est l’équipe que nous avons rassemblée dans ce bureau. L’équipe autour de Spider-Man est soudée, solide, et j’adore en faire partie.

Merci beaucoup a l’equipe du TGS Comics qui a permis la rencontre avec Humberto Ramos et merci a lui pour le temps qu’il nous accordé !