C’est tout excité sous le soleil parisien que j’ai vu arriver Chip Zdarsky chez nos amis de Pulp’s Comics, rue Dante. Trônant devant un kakemono à sa caricatureffigie, il s’est lancé dans sa séance de dédicace pour la sortie en français de Sex Criminals sans jamais se départir de sa bonne humeur légendaire.

[ – Interview Chip Zdarsky – ]

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Cyriake : On note une évolution graphique entre vos premiers strips et séries en noir et blanc, comme Monster Cops, et Sex Criminals.  Cette évolution est-elle naturelle ou est-ce en corrélation avec l’histoire que vous avez à raconter ?

Chip Zdarsky : J’ai travaillé comme artiste pour des journaux pendant treize-quatorze ans, et le plupart de mes influences proviennent des… deadlines (date butoir). Ces deadlines m’ont permis de faire évoluer mon style en quelque chose de peut-être plus simple, plus caricatural, d’une certaine manière. J’avais également beaucoup de craintes quand j’ai commencé à travailler avec Matt [Fraction, scénariste de Sex Criminals] car je savais que, après Monster Cops, des gens allaient m’attendre au tournant. Je suis également un obsédé du contrôle et du coup j’ai tout fait moi-même : les designs, le lettrage, la couleur. Je crois donc que mes graphismes ont évolué, car le fait de faire tout ça m’a donné plus de contrôle, m’a permis d’expérimenter plus de choses.

Cyriake : Dans Sex Criminals, comment avez-vous géré l’utilisation de l’ordinateur pour les effets graphiques ?

Chip Zdarsky : Sex Criminals est le premier comics que j’ai fait de façon complètement digitale, dès le commencement, sans utiliser de crayons. Ça fait également partie de l’évolution de mon style graphique. Mais en même temps, c’est trois fois plus rapide pour moi. Ça élimine toutes les étapes comme l’impression, le scan, le nettoyage. Il est plus facile de corriger ses erreurs par ordinateur.

L’ordinateur vous empêche également d’en faire trop. Par exemple dans les moments normaux, tout est bien clair et net, sans adoucissement, car l’ordinateur peut vous inciter à rajouter des effets. Et je voulais un contraste entre les moments normaux, et ceux où ils arrêtent le temps. J’utilise donc plus l’ordinateur lorsqu’ils arrêtent le temps pour créer les effets. Mon ancien professeur d’art avait l’habitude de dire que « Si on met de la merde dans un ordinateur, c’est de la merde brillante qui en ressortira ». On doit donc, dès le début, mettre quelque chose de correct dans l’ordinateur. J’ai essayé de garder ça en tête.

J’utilise plusieurs logiciels pour travailler : Photoshop pour les croquis, Manga Studio pour les dessins, à nouveau Photoshop pour coloriser, puis Adobe Illustrator pour le lettrage, et enfin InDesign.

Cyriake : Cela a donc été pour vous totalement différent de dessiner pour les journaux ?

Chip Zdarsky : Oui. On doit toujours travailler rapidement à cause des deadlines, et pour ça les journaux, c’est de la folie. Ce qui m’a aussi permis d’apprendre beaucoup d’astuces pour rendre mon travail plus rapide.

Cyriake : On annonce que Sex Criminals va être développé pour la télévision. Êtes-vous impliqué dans ce processus ?

Chip Zdarsky : Pas tant que ça, du moins pas à ce stade. Matt, l’auteur, est vraiment impliqué car il écrit le scénario. Mon travail est plutôt de rester assis et empocher l’argent, ce qui est mon travail préféré [rires]. On m’a demandé à un certain moment de l’aide [sur le développement], ce que j’ai fait, bien qu’il n’y ait aucune obligation contractuelle pour moi.

Je suis vraiment heureux que Matt écrive le scénario, car ce sera plus proche de notre vision, plutôt que de le laisser écrire par quelqu’un d’autre. Mais j’en sais très peu là-dessus. Nous avons signé l’accord en novembre et je l’avais plus ou moins oublié, car je n’avais pas le droit d’en parler. Et j’essaie de ne pas trop y penser à présent, par ce que ce genre de choses peuvent se faire, ou pas. Hollywood fonctionne comme ça. Du coup j’essaie de ne pas me laisser importer, car ça pourrait toujours capoter.

Cyriake : Espérons que non et que ça va se faire.

Chip Zdarsky : Il y a de grandes chances pour qu’on le voie. Le fait d’avoir engagé Matt pour écrire le scénario signifie que ça va plus loin qu’une simple option.

Cyriake : Comment passe t-on d’un comics « adultes » comme Sex Criminals à un comics tout public comme Howard the Duck ? La transition est-elle difficile ?

Chip Zdarsky : Non, ce n’est pas dur du tout. J’ai commencé les comics avec Prison Funnies, qui était très sombre et pour un public adulte. Je trouvais dommage de ne rien avoir à proposer aux enfants. J’ai donc commencé à faire Monster Cops comme quelque chose que je pourrai présenter à des enfants. J’ai toujours en moi l’envie de faire aussi des comics pour les enfants. Howard a deux niveaux de lecture, un pour les enfants et un pour les adultes. Et c’est ce que j’aime. Ce n’est sorti que depuis un mois, mais, lors de séances de dédicace, certains adultes me demandent de dessiner des bites et des enfants me demandent un canard. C’est un peu bizarre quand on y pense… Mais j’adore les enfants et les comics tout public. C’est sympa à faire et passer de Sex Criminals à Howard me permet de travailler sur une trame plus légère.

Cyriake : Est-ce différend avec Kaptara?

Chip Zdarsky : Kaptara est pile entre les deux. Ce n’est ni adulte, ni pour les enfants.

Cyriake : Ce sera votre prochain succés?

Chip Zdarsky : Oui, j’espère bien! Ça sort bientôt (le 22 avril) et c’est superbe à voir. Le dessinateur,  Kagan McLeod, est mon artiste canadien préféré. J’espère que tout le monde appréciera son travail. Il a déjà travaillé sur Infinite Kung-Fu, qui, si vous avez la chance de le voir, est magnifique. Ses dessins sont stupéfiants.

Cyriake : Aujourd’hui, vous vous sentez plus auteur ou dessinateur ?

Chip Zdarsky : Je me sens comme une personnage.

Cyriake : Quel est votre personnage préféré ? (Celui sur lequel vous aimeriez travailler ?)

Chip Zdarsky : C’est une question difficile. Étant un obsédé du contrôle, je ne pensais pas que j’aurais pu travailler avec quelqu’un. Et Matt est la seule personne dans les comics avec qui je me sens connecté. J’aime son travail, il aime le mien, c’était donc naturel de travailler avec lui. C’est plus une question de personne. En tant que scénariste je ne sais pas, mais en tant que dessinateur, il y en a des tonnes. Joe Quinones est tellement bon sur Howard, j’adore travailler avec lui. En fait, lorsque j’ai été contacté pour Howard, on m’a demandé de repenser son design, un peu comme celui que je viens de dessiner.

Cyriake : Howard est un peu comme vous, avec un humour pince-sans-rire ?

Chip Zdarsky : Oui. On m’a donc demandé de repenser son design. Et lorsque Joe nous a rejoint, on a décidé de le laisser revoir le design. Et il a fait un travail tellement meilleur que le mien… Joe est vraiment un meilleur artiste que moi, et ce n’est pas de la modestie. J’adore travailler avec lui, tout comme avec Kagan, justement par ce qu’ils sont bons, et que ça me montre qu’en tant qu’artiste je dois toujours progresser. Donc, de voir leur travail, me remplit de joie et de tristesse [rires].

 

Chip et moi avons terminé l’entretien par une petite séance photo déjantée dans les locaux de Pulp’s. Le sourire aux lèvres d’avoir rencontré cet artiste tellement abordable je ne me suis aperçu que plus tard que… j’avais oublié de faire signer mon exemplaire de Sex Criminals ! Je finirai donc par ce petit message à Chip :

 

Hi Chip ! If you come back to Paris, just let me know, I forgot to have my Sex Criminals book signed… ! And remember, I can translate Monster Cops whenever you want. And for free ! But only if you play the role of The kissing Detective 😉

 

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1 commentaire

Fab H · 2 juin 2015 à 7 h 44 min

Merci pour toutes ces infos, voici une bonne lecture. J’ai appris différentes choses en vous lisant, merci à vous. Bonne journée à tout le monde ! Fabienne Huillet neonmag.fr

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