Avec Crossed, Hi Comics nous propose le récit le plus extrême et le plus dérangeant jamais écrit par Garth Ennis. Ce n’est pas de moi, c’est l’auteur lui-même qui le dit.

Imaginez un monde où la morale n’a plus cours. Où les êtres humains s’abandonnent à leurs pires pulsions. Le meurtre, le viol, la torture sont la norme, exercés par des dégénérés qui, quelques heures seulement auparavant, étaient votre voisin, votre banquier, la petite vieille qui traversait la rue avec son caniche… Au beau milieu de cette débandade totale de l’humanité, quelques groupes de gens normaux subsistent. Crossed nous propose de suivre le chemin de l’un de ces groupes.

Garth Ennis a raison : ce récit est hyper malsain. Même pour lui. Et quand on connaît l’œuvre du bonhomme, voire mon genre de lectures de prédilection [si, si, relisez mes chroniques, vous verrez que je ne fais pas vraiment dans le Bisounours], on se dit que ça doit être quelque chose! Là où la description des meurtres aurait pu être jouissive, exutoire, mais avec une certaine distanciation entre la fiction et la réalité, ce n’est pas le cas pour cette série. Tout est glauque, malsain, dégoûtant. Je ne parle pas uniquement des “mutés”, mais aussi, et surtout, des survivants, Stan et Cindy en tête. Dans un monde en pleine déshumanisation, cette épidémie les touche aussi. Pas frontalement, non. C’est beaucoup plus insidieux, car ils en viennent à commettre des actes que la morale réprouve, mais que la survie rend nécessaires. Ou pas. Tout n’est alors que question de morale et de point de vue. Deux séquences en particulier, que je ne vous spoilerai pas, taraudent la conscience de Stan… et du lecteur, posant la question de savoir jusqu’où on serait prêt à aller? Où se place le seuil de notre morale?

Sur la construction du schéma narratif, Ennis pompe tout à Walking Dead. Je sais, dit comme ça, c’est abrupt, mais c’est une réalité. De la propagation de la “maladie”, jamais identifiée et incurable, changeant les personnes infectées par les fluides corporels, au groupe de survivants, toujours en mouvement, on retrouve l’œuvre de Robert Kirkman. Et pour le reste aussi, que ce soit les caractères du groupe de survivants, de leurs interactions, des décisions à prendre, etc, on retrouve les mêmes personnages. Si ça a l’avantage de nous plonger directement dans l’histoire, je trouve que le procédé est vraiment moyen de la part d’un auteur reconnu.

Au dessin, on retrouve Jacen Burrows, un habitué des séries Avatar Press, éditeur de la V.O de Crossed. Et on peut dire une chose : il n’a peur de rien, le bougre! Les scènes des exactions des mutés sont tout simplement d’un impact visuel effarant. Tout y passe, tout est décrit, la moindre once de folie d’Ennis est retranscrite sur le papier. Le pire, c’est qu’avec un découpage des planches très classique, chaque scène forte n’est est que plus retentissante, tellement elle semble couler de source. Mais il n’y a pas que ça. Sa description des scènes ayant un aspect plus émotionnel ou introspectif est également un véritable tour de force, tellement on est plongé dans les situations vécues par les personnages. Si son style est, finalement, assez moyen, c’est dans la mise en page de ce récit qu’il donne tout son talent de narrateur.

Sans concessions! Je ne vois que ce terme pour décrire Crossed. Proposée en format Intégrale, la série est un véritable coup de poing dans l’estomac. Dérangeant, oui, mais posant également des questions sur l’Humanité [avec un grand H]. À ne pas mettre entre les mains des plus jeunes, mais à conseiller à tous ceux qui cherchent un comic indé de qualité.


      • Titre: Crossed – Intégrale
      • Album : 264 pages
      • Editeur : Hi Comics (22 mai 2019)
      • Collection : Comics
      • Langue : Français
      • ISBN-13: 9782378870959
      • Prix : 27,90€

    
HISTOIRE
85%
   
DESSIN
90%
    
COLORISATION
85%
    
CARACTÉRISATION
75%
    
AMBIANCE GLOBALE
95%

Catégories : Reviews VF

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