Après en avoir lu des pages par milliers, la fantasy me fatigue. À part le Disque-Monde, évidemment. Marre des trolls, des dragons, elfes et autres hobbits ! Aïe, ne me frappez pas, je sais que Tolkien a tout inventé ! C’est des suivants [suiveurs?] dont je parle. Du coup, Birthright partait avec un sacré handicap.

Mikey, un jeune garçon, et son père jouent au base-ball dans un parc pendant que sa mère et son frère lui préparent une fête d’anniversaire surprise. Soudain, son père s’aperçoit qu’il n’a toujours pas ramené la balle qu’il cherchait dans le sous-bois. Affolé, il le cherche sans jamais le retrouver. Ce drame va détruire sa famille et, un an plus tard, tout le monde est persuadé que c’est son père, Aaron, qui l’a tué. Jusqu’au jour où est retrouvé un géant habillé comme un barbare, portant un véritable arsenal d’armes blanches sur lui et prétendant être le garçon disparu.

Dans ce Tome 1, Joshua Williamson alterne le retour de Mikey sur notre Terre “normale”, et la narration de ses aventures sur Terrenos, sorte de monde parallèle peuplé de créatures fantastiques. Sur Terrenos, il est attendu comme celui qui sauvera le peuple du joug du Dieu Roi Lore. Seul souci, ce n’est qu’un gamin de la ville !

C’est sur cette opposition, entre les attentes des habitants de Terrenos et le fait que Mikey ne soit qu’un pur produit de notre monde moderne, que joue énormément Williamson dans la description de ses premiers pas sur Terrenos. Forcément, ces flash-backs apportent tout leur intérêt à l’histoire pour comprendre ce qui est arrivé, mais également car ils sont pour le Mikey adulte un moyen de faire pression sur son entourage. Et cette version adulte, en plus d’être une machine à tuer sauvage et body-buildée, a plus d’un tour dans sons sac. Si au départ on pense qu’il n’est motivé que par le fait de rentrer “chez lui”, l’histoire avançant on apprend que les deux mondes sont liés et qu’il ne faut pas croire toutes ses assertions. Je ne développerai pas plus pour ne pas vous spoiler la surprise de ce volume, même si elle arrive, somme toute, assez rapidement.

Autre thème qui est également abordé par l’auteur, c’est comment survivre à la disparition de son enfant ? Sa vision de la disparition de Mikey et de ses conséquences sur sa famille, particulièrement dans la première partie, est un des points forts de ce volume, arrivant à rendre l’émotion, le désarroi de Aaron, palpables. Le développement de cette déliquescence de la cellule familiale est rarement évoqué dans les comics, et est traité ici avec une justesse de ton remarquable, de la disparition de Mikey aux conséquences de son retour.

Plutôt habitué à voir le genre fantasy traité dans des albums grand format franco-belges, je me demandais également ce qu’allait donner le côté graphique. Soyons juste, Andrei Bressan nous propose un trait définitivement “comic”. Mikey adulte aurait tout autant pu être le Hercule de chez Marvel. Les fonds de case ne sont pas surchargés et les expressions de visage sont parfois un peu trop accentuées. Son travail est agréable à regarder et à suivre, utilisant un découpage classique des planches. C’est joli et bien dessiné, sans plus. Ça, c’est pour la partie “Terre”.

Sur sa description de Terrenos, c’est un peu différent. Les humains ont toujours ces expressions de visage accentuées, mais les “créatures” également. Et sur elles, ça claque ! Son “trancheur” est d’ailleurs de toute beauté, impressionnant, imposant, et fourmillant de détails. Car dans ses cases, ça change également. Les décors, magnifiés par la colorisation d’Adriano Lucas, sont complets, détaillés, profonds. C’est d’ailleurs sur les grands espaces que Bressan se lâche pour une immersion totale du lecteur.

C’est ce traitement non-manichéen de la fantasy, tout autant que ce mélange avec le monde réel qui ont suscité mon intérêt pour ce volume. On retrouve un peu de l’Histoire Sans Fin dans ce récit, ou du moins dans l’impression que sa lecture m’a fait ressentir. Du coup, on s’attache aux personnages et on veut connaître la fin de l’aventure. Alors direction le Tome 2 dont on vous parlera également très bientôt.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inline
Inline