Batman. On a beau dire mais, depuis le temps, il a vécu plusieurs vies, eu plusieurs interprétations. Avec Dark Détective, Urban comics nous propose un petit retour en arrière vers le Batman de mon enfance, celui qui était publié par Aredit/Artima/Sagedition.

1977 [aux USA]. Batman est écrit par Steve Englehart. Sous sa plume, le justicier prend un tournant plus mature, surtout une décennie après les frasques de la série télévisée avec Adam West. Mais plus que Batman, c’est Bruce Wayne qui va être au centre de ses histoires. L’accent va être mis sur l’homme derrière le masque, sur la quête d’amour que cache sa croisade nocturne et le fait que, peut-être, il pourrait bien se caser. L’objet de sa flamme, ce n’est pas Sélina Kyle, qu’on nous fait passer pour son amour de toujours, mais une certaine Silver St Cloud. C’est cette tension entre les deux personnalités de Bruce Wayne qui va devenir la pierre angulaire de ce premier run de l’auteur sur le personnage. Son Batman n’a rien à voir avec l’image qu’on en a aujourd’hui. Ce n’est pas un roc omnipotent et insensible, une sorte de super-humain sans pouvoirs, mais bel et bien un homme, en proie au doute et faillible, malgré les efforts qu’il déploie dans sa mission. Sous la plume d’Englehart on voit souvent Batman couvert d’ecchymoses et forcé de les cacher sous du maquillage. Ça n’a l’air de rien mais, à l’heure actuelle, on a l’impression que Batman récupère d’un bras cassé comme il le ferait d’un ongle cassé !

Dernier détail, on voit Batman sourire et chahuter avec Robin, comme deux grands gamins. Est-ce que ça fait partie des séquences qui font que l’imaginaire collectif les voit comme plus qu’un tuteur et son pupille ? À chacun de décider, mais un Batman qui rigole, c’est flippant… !

Les dessins sont (majoritairement) réalisés par Marshall Rogers et encrés par Terry Austin. C’est propre, net et sans bavures. La mise en page permet de magnifier les illustrations en pied de Batman et Robin, sans que l’image ne soit jamais figée. Peu de décors, mais une utilisation intelligente des noirs pour renforcer l’effet « nuit » des dessins. En ce qui concerne les passages centrés sur Bruce Wayne, ils sont, par opposition, plus lumineux et plus colorés [et vraiment ancrés dans les 70’s].

  1. Le trio revient sur Batman pour la mini série Dark Détective.

Englehart garde les mêmes thèmes en tête, se focalisant sur un Batman humain et bien plus expérimenté néanmoins. En cela, 30 ans quasiment après sa première interprétation du personnage, il ne déroge pas à sa ligne directrice. Qui plus est, une fois encore, il garde en tête ce qui a été fait précédemment, que ce soit par lui-même ou par d’autres, dans la caractérisation du personnage.

Bruce/Batman va retrouver Silver St Cloud, tout en étant confronté à la fois à Double Face, l’Épouvantail, mais surtout le Joker. Une occasion pour l’auteur de se pencher sur un panel d’émotions très large à faire ressentir au personnage.

Rogers et Austin nous proposent là une expérience visuelle totalement différente de la première. Le trait est extrêmement fouillé, mais surtout le storytelling est une pure claque visuelle ! Débordant d’énergie et d’inventivité, l’artiste propose des vues tout bonnement bluffantes dans sa mise en page. Ses personnages sont magnifiques et surtout, son Joker transpire la démence. La façon dont il est représenté et mis en page est la meilleure qu’il m’ait été donné de voir à ce jour [et pourtant j’adore la version de Bolland – qui signe d’ailleurs la couverture].

Je ne suis généralement pas fan des rééditions au format « archives » que nous proposent fréquemment les éditeurs. En effet, je trouve que c’est plus se tourner vers un passé pour lequel on manque de références. Si la première partie du volume réveille en moi des souvenirs, je présume que ça peut laisser de marbre le jeune lecteur.

Par contre, la seconde partie du volume me semble être une interprétation magistrale de Batman ! Tant le scénario que le dessin sont à l’apogée de ce qu’on peut proposer sur le personnage.

À lire de toute urgence.


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