Parfois, au détour d’un salon, on tombe sur des trucs vraiment chelous. Et c’est lors du dernier SoBD que mon regard a été attiré par une couverture jaune au centre de laquelle un super-héros vêtu de rouge et bleu sortait d’une cabine téléphonique. Superman, me direz-vous? Que nenni, bienvenue dans Les Aventures d’Ultra-Chômeur.

Ultimatum, le chevalier du développement personnel, profite du système et dispense la bonne parole aux pauvres. Malheureusement pour lui, il prend conscience des méfaits du capitalisme et décide d’agir. Ses collègues de Paine Corp l’éjectent alors à coup de 45 fillette dans le cul. S’ensuit tout un parcours initiatique où il devra trouver un foyer et du boulot pour tenter de regagner son statut social. À la place, il trouvera tout un tas d’alliés se préoccupant des immigrants, d’éducation et de morale. Sous sa nouvelle identité d’Ultra-Chômeur, il va alors entamer une lutte des classes pour permettre à “Tout le Monde” de retrouver sa dignité.

C’est un véritable pamphlet contre le capitalisme à outrance et l’économie de marché que nous livrent les auteurs, Gan Golan et Erich Origen avec ce volume. En plus du mode de vie des Américains, auquel on peut également s’identifier facilement, c’est aussi toute une politique gouvernementale qui est critiquée, tous bords confondus. Carrément socialiste, voire communiste, leur message leur aurait valu d’être jetés en prison dans les années 50. Malheureusement, paru après la crise des subprimes, cet ouvrage s’avère finalement très lucide sur l’état de l’Amérique. Et il est toujours d’actualité sept ans et deux élections présidentielles après sa parution. Sans aucune démagogie, il livre un regard lucide sur le pays.

Au niveau du dessin, les auteurs ont eu recours aux services de Ramona Fradon, Rick Veitch et Michael Netzer. Avec une identité graphique totalement différente de ce qu’on peut voir d’habitude, il ressort de la lecture de ce volume une impression (voulue) de retour en arrière. Dans les années 50, justement, pour le côté BD éducative, mais également dans les années 70 où le comic underground éclatait à la face du monde. Touts les codes du comics “classique” sont utilisés dans cet ouvrage, avec de nombreuses références à des super-héros existants, mais également à des auteurs célèbres, Kirby, Colan et Eisner en tête. Les fausses couvertures et fausses publicités à l’ancienne renforcent encore plus cette immersion dans le passé et le côté “Mad” de l’ouvrage.

 

Curiosité totale que ce volume paru chez Presque Lune. Sans prendre de position politique, je dirais qu’il est intéressant dans le cadre d’une étude sociologique de l’Amérique d’aujourd’hui. Plus éducatif que récréatif, c’est un appel au vivre-ensemble auquel on peut être sensible, ou pas. Quoi qu’il en soit, il a le mérite de poser des “questions qui fâchent”, chose assez rare dans le paysage de la B.D, et encore plus des comics.


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