Bonjour et bienvenue à tous dans les Dossiers de GL ! Poursuivons le long sujet des problèmes que posent les adaptations ! Nous avons vu jusque-là plusieurs soucis : liés au passage d’un format à l’autre, à l’apport du son, ou encore à la relation avatariale.

         Et tout ceci nous amène au réel problème que cela apporte à l’œuvre originale, à son canon et à son mythe. Toutes ces différences et les problèmes y étant liées vont faire que chaque adaptation sera différente de son œuvre originale de bien des manières. Et comme expliqué dans le Dossier sur « L’imaginaire collectif et le Mythe », ce que l’on pense d’une œuvre (dans notre imaginaire personnel, tout comme dans l’imaginaire collectif) nous viendra de ce que l’on connaîtra le mieux ; et la vision du canon proposée dans cette même partie, ainsi que la définition du mythe renvoient elles aussi à notre imaginaire. En effet, nos références, ancrées au plus profond de nous, nous reviendront sous forme d’images précises chaque fois que l’on parlera d’un sujet donné. Ces images formeront notre vision et notre souvenir d’une œuvre. Le souci avec tous ces changements, et tous ces problèmes qu’apportent les adaptations, c’est que notre vision d’une œuvre va être légèrement (voire fortement, parfois) modifiée. Les modifications qu’apportent les adaptations à notre imaginaire sont des images qui vont rester ancrées dans nos mémoires et qui vont aider à changer notre vision de l’œuvre : que ce soit la personnalité d’un personnage, ou une caractéristique particulière, le lieu de l’action, le style (sérieux ou humoristique, par exemple), la représentation visuelle d’un lieu ou d’un personnage, etc.

         Comme dit dans les Dossiers « Adaptation de comics – Partie 1 à 3 », les exemples de Men in Black et de The Mask sont parfaits pour illustrer ce point. Là où le comic Men in Black était sombre, et plutôt orienté vers un public adulte – les agents de la DEA (Drug Enforcement Administration) — qui est le nom de l’entreprise, modifiée en MIB dans le film — ne cherchent pas tant à protéger la Terre des menaces qui la guettent mais à contrôler les Terriens et faire d’eux ce qu’ils veulent qu’ils soient. Le film est bien plus familial : les agents du MIB contrôlent les allers et venues des extraterrestres sur Terre ; extraterrestres qui sont pour la plupart amicaux et inoffensifs. De même, le comic The Mask présentait un personnage banal devenant de plus en plus méchant et violent quand le masque est dans les parages, jusqu’à sa fin tragique ; quand le film nous présente un héros au cœur pur (qui se jette à l’eau pour sauver le masque, qui est très romantique et juste envers tout le monde) qui devient juste un peu plus loufoque et cartoonesque quand il enfile le masque. Il faut d’ailleurs bien noter la différence : dans les comics, la personnalité de Stanley (notamment) change même quand il enlève le masque ; alors que dans le film, sa personnalité ne change que quand il porte le masque. Ce qu’il faut savoir, en plus, c’est qu’à la base, le film devait être plus sombre – Chuck Russell, le réalisateur, n’avait jusqu’alors réalisé que deux films, tous appartenant au style de l’horreur (dont le troisième volet de Freddy Krueger). Mais le rendu ne plaisait pas aux producteurs, qui voulaient quelque chose de plus familial (pour couvrir un plus large public). Le genre plus comique et cartoon a donc été choisi pour coller au style de l’acteur Jim Carrey.

         Mais tout ceci, bien que propice à modifier ne serait-ce que le mythe, il est bon de rappeler qu’une adaptation n’a nullement le besoin d’être fidèle à l’œuvre d’origine, tant qu’elle reste cohérente. Lorsque Peter Laird, co-créateur des Tortues Ninja, parle des probables adaptations de son œuvre qui arriveront et les modifications que les nouveaux propriétaires des droits y feront, il dit (sur son blog : http://peterlairdstmntblog.blogspot.fr/2012/03/question.html) qu’il « est vrai que les nouveaux propriétaires des Tortues Ninja peuvent faire plus ou moins ce qu’ils veulent avec, y compris mettre en l’air l’histoire de leur origine. Ils peuvent décréter que les Tortues Ninja ne sont pas des mutants, mais des aliens — non, attendez, ce sont des robots ou des androïdes — non, ce sont des humains avec des pouvoirs psychiques qui peuvent projeter l’image de tortues anthropomorphiques — non, ce sont des nouvelles créatures créées par des bio-ingénieurs — non, ce sont des personnages de cartoon qui ont pris vie grâce à un cristal magique — non, ce sont d’anciennes tortues préhistoriques super-évoluées venant d’une Terre passée et qui se sont cachées des humains dans un coin d’espace-temps de la cinquième dimension — et ainsi de suite… Il est possible que changer leur origine — peu importe ce [que les nouveaux ayants droits] font ou SI ils le font — pourrait être une bonne chose pour le futur de cette œuvre. Je suppose que les nouveaux propriétaires veulent garder et utiliser le nom “Teenage Mutant Ninja Turtles” — cela semble logique — donc s’ils peuvent mettre au point une nouvelle histoire qui ne respecte pas ce que NOUS avons fait en 1983, mais qui conserve assez bien ces éléments-clés (ninja, adolescent, mutant, etc.) afin que le nom de l’œuvre reste sensé, et si cette nouvelle origine est reçue encore plus positivement que l’originale, eh bien, tant mieux pour eux. »

         Ce qu’il faut en retenir, c’est que rien n’empêche d’utiliser le concept d’une œuvre pour en faire un nouveau produit culturel, tant que cela reste sensé et cohérent par rapport à l’œuvre d’origine. Si l’on reprend l’exemple de Captain America : Civil War cité précédemment, il s’avère assez simple à remarquer que l’œuvre perd tout son sens : le film ne présente qu’une bataille entre quelques membres d’un petit groupe, et ne montre aux spectateurs qu’un schisme dans une équipe, mais pas une guerre, et encore moins une guerre « civile ». L’objet culturel qui en ressort n’est donc plus cohérent par rapport à l’œuvre dont il s’inspire, et le nom même de l’objet culturel ne représente pas son contenu. Le souci étant ici que le film Captain America : Civil War entre dans le cercle fermé du mythe de « la guerre civile de Marvel » (Marvel’s Civil War, en anglais), et entraîne donc une modification de ce dernier, alors qu’il n’est même pas cohérent vis-à-vis de celui-ci.

         Dans d’autres cas, où l’adaptation est cohérente et réussie, il se peut malheureusement que cette dernière finisse par influencer l’œuvre d’origine. Créant une boucle improbable, l’œuvre de base s’adaptera alors à son adaptation. Il existe tout un tas d’exemple, que ce soit The Mask qui devient plus comique et cartoonesque après la sortie du film en 1994, notamment ; mais nous nous arrêterons ici sur deux exemples précis de deux problèmes différents : Les Gardiens de la Galaxie (et « l’incohérence de personnalité »), et Green Arrow (et « l’incohérence du récit »).

         Dans le premier exemple, nous parlerons du personnage de Drax. Dans les comics, Drax, dit « le destructeur », est un personnage présenté régulièrement comme fou et brutal, mais tout de même rusé. Dans les récits écrits en 2008 par Dan Abnett et Andy Lanning, Drax cherche un moyen de débusquer des ennemis métamorphes, imperméables aux scanners. Le seul moyen de les trouver serait de les tuer pour qu’ils reprennent leur forme d’origine, et ainsi les localiser. Pour ce faire, il décide de poser des charges synaptiques dans tout l’édifice pour tuer tout le monde durant quelques secondes, et ainsi repérer les métamorphes. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que son plan n’est pas stupide : il est complètement dingue, mais retors, et très réfléchi. Ceci permet de remarquer que Drax est prêt à tout faire, même si c’est extrêmement dangereux, pour arriver à ses fins ; mais aussi qu’il est très intelligent, malgré sa témérité. En 2014 sort le film de James Gunn : Les Gardiens de la Galaxie. Drax est alors présenté comme quelqu’un de stupide, il ne comprend pas les jeux de mots, prend toutes les expressions dans leur sens propre et non figuré et ne veut que se battre contre Ronan, Thanos et leurs hommes. L’adaptation ayant été un succès commercial, Marvel décide de modifier les personnages des comics pour les faire se rapprocher le plus possible de l’adaptation : leurs vêtements et apparences deviennent celles du film, et leurs personnalités se rapprochent aussi de celles des personnages du long métrage. De ce fait, Drax devient alors complètement stupide, ne comprend plus rien à ce qu’on lui dit, et ne pense plus qu’à se battre. Le souci n’étant pas forcément son changement de personnalité, mais plus le changement radical. Le personnage passe d’un personnage assez fou mais rusé à un personnage complètement stupide et sans une once d’intelligence sans que rien ne l’explique (si ce n’est l’explication donnée plus haut : vouloir se rapprocher du succès commercial).

         C’est tout pour aujourd’hui ! Nous verrons l’exemple d’Arrow et la suite de ce sujet dans deux semaines !

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