Bonjour et bienvenue à tous dans les Dossiers de GL ! Cette semaine, nous continuons d’aborder les adaptations de comics et concentrons-nous sur l’adaptation de Men In Black.

Commençons par re-situer le contexte. Le comics Men In Black est sorti en trois parties, entre janvier et mars 1990, chez Aircel Comics. Mais pour des raisons financières, Aircel se fait racheter par Malibu Comics, qui sort une nouvelle série en trois parties entre mai et juillet 1991, dénommée The Men In Black Book II. L’année d’après, les producteurs du film achètent les droits, et choisissent Barry Sonnenfeld comme réalisateur, car ils apprécient son travail sur les deux volets de La Famille Addams. N’étant pas disponible directement, la réalisation du film prend du retard. En 1994, Marvel Comics rachètent Malibu Comics. Le tournage du film commence alors en 1996, et le film sort finalement en 1997. À la suite du film, plusieurs adaptations verront le jour, dont deux autres films, une série animée, et de nombreux jeux vidéo, tous adaptés du film, et non plus de la série de comics. Le film est, par la suite, devenu un nouveau canon, au détriment de l’œuvre originale.

Pour comprendre cela, faisons une petite comparaison entre les comics et le film, en commençant, tout d’abord, par le synopsis. Dans la première œuvre, nous suivons les aventures d’un agent de la DEA (Drug Enforcement Administration), dont on ne connaît pas la réelle identité, qui se retrouve forcé de coopérer avec une organisation obscure, qui gère des phénomènes paranormaux de toutes sortes à l’échelle mondiale, et qui n’hésite pas à éliminer les personnes qui en savent trop. L’ex-agent de la DEA — sous les ordres d’un plus vieil agent, assez rustre et un brin sanguinaire — se rend alors petit à petit compte que l’organisation ne cherche pas à protéger la Terre et ses habitants de ces événements surnaturels, mais à contrôler les terriens, et faire d’eux ce qu’elle veut qu’ils soient.

Dans l’adaptation, nous suivons les aventures du policier de New York, James Darrell Edward III, à qui un vieil agent propose de rejoindre une organisation secrète qui régule et s’occupe des visites extraterrestres à New York, afin de protéger la Terre et ses habitants. Cette organisation est habilitée à effacer la mémoire immédiate de possibles témoins, afin de ne pas ébruiter la présence des aliens sur Terre, et ainsi éviter une panique générale. De ce fait, si nous en restons simplement au niveau du synopsis, on se demande s’il s’agit réellement d’une adaptation ou non, tant les deux n’ont pas grand-chose en commun.

Continuons notre comparaison, cette fois-ci au niveau des personnages. Dans le comics, l’ex-agent de la DEA, qui a pour nom de code Jay, est un homme de type caucasien, avec de longs cheveux blonds. Il ne fait pas vraiment d’humour, est toujours sur la défensive vis-à-vis de ce qui se passe autour de lui, et ne croit pas toujours directement à l’existence des différentes formes de vie surnaturelle. En effet, bien que l’autre personnage lui ait parlé des objectifs de l’organisation, et que Jay ait vu de ses propres yeux des gens devenir fous à lier et surpuissants en avalant une drogue (ainsi qu’un appareil permettant d’hypnotiser les gens), il croit dur comme fer que les extraterrestres n’existent pas — jusqu’à ce qu’il finisse par en voir, dans le second chapitre de la première série.

Dans le film, Jay est le nom de code de James Edwards. C’est un ancien policier de New York de type afro-américain. Il est toujours en train de faire des plaisanteries et, bien qu’il remette en doute la santé mentale de l’autre agent la première fois qu’il lui parle de vie extraterrestre, Jay lui fait pleinement confiance après leur première mission.

Dans les comics, le second agent, plus vieux, se fait appeler Kay, il est cruel, prêt à tuer quiconque le dérange, il est toujours sur ses gardes, porte toujours ses lunettes Ray-Ban. Il ne cherche pas à aider l’agent Jay, ni à lui enseigner les ficelles du métier, mais juste à faire sa mission, en laissant Jay le suivre.

Dans le film, Kay est un personnage beaucoup plus sympathique, bien que très peu souriant et parfois un peu rustre. Quoi qu’il fasse, il reste dans le domaine du légal et cherche à protéger les habitants plus que l’organisation elle-même. Il ne porte ses lunettes que lorsqu’il en a besoin, et cherche à faire de Jay son successeur.

Deux autres personnages sont communs aux comics et aux films : il s’agit de Zed, le chef des MIB, et de l’extraterrestre connu sous le nom de « bestiole » (ou Bug, dans la version originale). Le premier n’est jamais visible dans les comics, alors qu’il est présent a de nombreuses reprises dans les deux premiers films. Le second est présenté comme une sorte de mante religieuse géante dans le comics, et comme une grosse blatte améliorée dans le film. Ainsi, pour ce qui est des personnages, on s’aperçoit que, hormis les noms et la hiérarchie qui les lie, aucun réel lien n’existe entre l’œuvre de base et l’adaptation cinématographique.

Et il en va de même pour les objets, soit dit en passant. L’outil le plus connu des Men In Black (hormis leurs costards et leurs lunettes), c’est bien sûr le neurolaser. Ce dernier apparaît dans les deux versions, mais est très différent. Dans les films, il ressemble à un tube avec une petite lumière rouge, et il permet d’effacer la mémoire, sur une durée plus ou moins longue. Dans le comics, le neurolaser est une sorte de lampe-torche qui permet d’hypnotiser et de manipuler les gens (les faire oublier quelque chose, notamment, mais aussi les forcer à dire la vérité, les forcer à ne pas se poser de questions, à croire ou bien à faire quelque chose…)

En effet, au final, il semblerait que l’adaptation n’en soit pas vraiment une. Hormis les noms de quelques personnages (et objets), l’histoire n’est pas la même et ne se passe pas au même endroit, les personnages n’ont pas du tout les mêmes personnalités, l’organisation n’a pas le même but, et ne s’occupe pas de la même chose. Et alors que le style des comics est assez sombre et angoissant, le film est bien plus sympathique et tient plus de l’ordre de la comédie familiale. Et c’est là qu’il faut se demander s’il s’agit d’une adaptation pure et dure, ou juste d’une simple inspiration. L’œuvre de Barry Sonnenfeld ne prétend pas être une suite des comics, ni même une transposition exacte de ce dernier. Qui plus est, elle n’a jamais altéré le statut de canon de l’histoire des deux séries de comics qui avait eu lieu plus tôt. En réalité, il s’agit, ici, plus d’une création d’un nouvel univers, qui s’est peu à peu étendu, de par sa popularité, que d’une réelle substitution de titre de canon de l’histoire. En d’autres termes, il ne faut pas voir le film comme une nouvelle réalité, remplaçant celle des comics ; mais comme une autre réalité, reprenant le nom de l’entreprise et des personnages pour en faire un tout autre style d’histoire, qui deviendra le canon d’un nouvel univers. En outre, cette vision des faits est d’autant plus véridique que les comics ne sont pas la première apparition des Men In Black. Les Hommes en Noir font partie du folklore conspirationniste américain depuis les différents événements tels que l’incident de l’île Maury, par exemple.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! Comme d’habitude, on se retrouve dans deux semaines pour la suite, où nous parlerons de l’adaptation du Mask !

 


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