Comment aborder les filles en soirées. On dirait le titre d’une comédie Française des années 70, à classer entre Les Charlots font l’Espagne et Mon Curé chez les Nudistes. Qu’est-ce que c’est que ce truc que sort Urban?

Vic et Enn, deux amis, se rendent à une soirée. À une boum, comme on disait dans le temps [en mode papy, canne et béret]. Ce qui est ballot, c’est que Vic n’a pas noté l’adresse. Peu importe, ils vont bien réussir à se repérer au son! Et ils arrivent chez Stella, où la soirée se passe. Enfin, une soirée. Peut-être pas celle à laquelle ils pensaient assister, mais au moins il y a des filles. Plein de filles. Alors que Vic pécho [en mode djeuns] Stella, Enn va rencontrer plusieurs demoiselles toutes plus charmantes les unes que les autres. À lui maintenant de surmonter sa timidité.

Bon, pour le coup, on est dans de l’indé pur et dur. Et si on se demande ce que c’est que ce binz, il suffit de regarder le nom du scénariste : Neil Gaiman. Pour le coup, ça éveille la curiosité. Et l’auteur est bien décidé à nous parler de relations amoureuses entre adolescents. Et cette histoire sent le vécu! Enn est la personnification de l’auteur : physiquement dans la moyenne, timide, rêveur, et surtout ne sachant pas comment aborder le sexe opposé. C’est cette thématique qui est la plus importante dans ce volume et qui est, à mon avis, abordée de façon fine et efficace, avec beaucoup de sensibilité et surtout de respect pour tous les garçons qui ont vécu la même chose. Le second argument exposé par Gaiman, [!spoil] à savoir la possibilité que les filles présentes à la soirée soient des visiteurs venus d’un autre monde [fin du spoil] est à double lecture. En effet, il peut être pris au pied de la lettre, ou alors en tant qu’allégorie des différences fondamentales qui existent entre les deux sexes ; surtout à ce moment charnière de l’adolescence.

Fabio Moon et Gabriel Ba s’occupent de l’adaptation du texte de Gaiman en B.D mais également de la partie graphique. Malgré leurs origines Brésiliennes, c’est une sensibilité Européenne que l’on retrouve dans le dessin. Le crayonné, encré sommairement puis colorisé directement à l’aquarelle, se marie parfaitement avec le texte pafrois onirique de Gaiman. Les faits se déroulent dans les années 70, et le dessin semble avoir justement été réalisé à cette époque, en instillant néanmoins un découpage un peu plus moderne. Cette utilisation de l’aquarelle permet justement de donner un rendu de couleurs irrégulier tout autant que précis, sublimé notamment dans la séquence du poème de Triolet.

Pur OVNI que ce titre, mélangeant à la fois la fable sociale, le conte et la science-fiction. L’auteur laisse à chacun la possibilité de se faire sa propre interprétation en fonction de son vécu, de sa sensibilité. Sans être forcément une lecture indispensable, ce volume force le respect pour le talent de Gaiman à transcender les genres.


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